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Ouvrages

Entreprises artisanales et développement territorial


Date : Mars 1999 Auteur : ISM Collection : Etudes
Nombre de pages : 79
 

Ce dossier marque une étape.

Reflet des travaux conduits par le groupe expert " développement local " au cours de l'année 1998, il pose des jalons en vue de prolonger et poursuivre la réflexion. Les agents économiques réunis dans ce cadre par l'ISM n'ont éludé aucune question, aucune difficulté. Ils se sont efforcés de questionner les relations existantes entre l'artisanat et les dynamiques territoriales de développement local. Pour cela, ils se sont appuyés sur leurs expériences respectives, ainsi que sur l'observation et l'analyse de réalisations de terrain, tant en milieu rural qu'urbain.

Au terme de ces travaux, des pistes nouvelles sont tracées, des perspectives concrètes sont ouvertes en matière d'implication de l'artisanat dans le développement local. Beaucoup reste à faire, sans doute.

L'essentiel à ce jour reste que le groupe expert a tenu son pari : en quelques 10 mois, bâtir un cadre de problématique traçant des axes concrets d'actions, mettant notamment en avant l'importance des dynamiques de projet prenant explicitement en compte les entreprises artisanales et leurs représentants.


Sommaire

INTRODUCTION
LA PLACE DU TERRITOIRE DANS L'HISTOIRE DE L'ARTISANAT
* Un territoire qui s'affiche dès le 12ème siècle
* Un territoire structuré de façon dominante par les logiques marchandes puis industrielles
Conclusion
IMPLICATION DES CHAMBRES DE METIERS DANS LE DEVELOPPEMENT DES TERRITOIRES
* Les obligations réglementaires des Chambres de métiers en matière aménagement du territoire
Veiller à la défense de l'artisanat par rapport à la réservation des terrains et locaux d'accueil
Veiller à l'équilibre commercial
* Des positionnements différents suivant les Chambres de métiers.
FONDEMENTS MÉTHODOLOGIQUES DE L'IMPLICATION DES CHAMBRES DE MÉTIERS DANS LE DÉVELOPPEMENT DES TERRITOIRES
* L'évolution des politiques d'appui au développement territorial : de l'Etat central à l'acteur territorial
* Les politiques de développement territorial : positionnement des Chambres de métiers
* Les ancrages méthodologiques d'un développement territorial concerté en faveur de l'artisanat
* La présentation en quelques axes opérationnels d'une politique de développement visant les TPE artisanales
* Une méthodologie pour l'action : secteur des métiers et territoires
Agir sur un territoire homogène
Privilégier l'approche par action
Harmoniser les logiques de l'entreprise et des collectivités
Évaluer avant de conclure
QUELLES PERSPECTIVES POUR LA PRISE EN COMPTE DU DEVELOPPEMENT LOCAL PAR LES CHAMBRES DE METIERS
* D'une logique de produit à une logique de territoire
* Le nouveau développement local : un choix volontaire et de long terme
* Le développement territorial et le partenariat public-privé
* Les nouvelles relations de l'entreprise au territoire
* Quelques axes de réflexion

INTRODUCTION : LE DÉVELOPPEMENT LOCAL : UNE NOTION FLOUE, AUX CONTOURS EN EVOLUTION CONSTANTE

Le Développement Local : de quoi parle-t-on ?

Cette " notion ", après avoir quelque peu "senti le souffre ", pour se rapprocher de trop près des démarches alternatives et avoir été identifiée à une démarche socio-économique prônant la rupture avec les modèles dominants de la pensée capitaliste ou libérale, est aujourd'hui revendiquée par à peu près l'ensemble des protagonistes concernés de près ou de loin par le devenir de territoires, de groupes sociaux, d'organisations…
Le Développement Local était d'abord une idéologie !
De ce fait, il suscitait, parmi les responsables impliqués dans des institutions ou organisations officielles, ne réelle méfiance. Quand ce n'était pas un profond scepticisme quant à la pertinence d'une approche privilégiant le développement (endogène) sur la croissance (nécessairement exogène !), le local sur le national ou l'international, et l'acteur sur le système. D'autant que le renversement de perspectives au regard des modèles de croissance issus des " trente glorieuses " était radical. Comment ne pas se méfier d'une doctrine en émergence, ne disposant pas alors d'un corpus théorique de références appuyé sur des observations empiriques étayant ses thèses ? Le Développement Local restait une approche marginale, et marginalisée.
Jusqu'à ce que les modèles de croissance et la croissance elle même montrent des signes d'essoufflement tels qu'il fallut bien se résoudre à questionner d'autres perspectives, à envisager d'autres approches susceptibles de répondre à ce qui constituait désormais la seule réalité connaissant une forte croissance: le chômage. Le Développement Local, en tant que méthodologie ouvrant de nouvelles voies d'actions, recèlerait-il quelques réponses pertinentes ? Pourquoi pas ?
Après de nombreuses années d'ostracisme, cette approche apparaissait alors comme une clé, une panacée au moyen de laquelle les territoires devaient connaître une nouvelle dynamique et les citoyens vivre une démocratie élargie, renouvelée et de proximité. Rapidement, il est apparu que tout était Développement Local ! Que tout participait du Développement Local ! Que le Développement Local pouvait se nicher dans toute initiative associative, dans le moindre hectare d'espace rural en déshérence, dans le premier festival culturel bucolique programmé au cœur de l'été. Cette conception nous semble bien illustrée par la définition suivante du développement local :
" Une stratégie de survie dans des régions sinistrées où "ça ne peut plus durer", "il faut faire quelque chose "... Il s'agit alors d'une réponse de solidarité à une agression forte. Le développement local, au-delà de cette attitude d'urgence, est l'expression d'un changement social caractérisé par la montée du partenariat, l'émergence d'acteurs différents, la recherche de solutions alternatives à celles des appareils macro-économiques (Etats, grands groupes), l'introduction de critères sociaux et culturels à côté de rationalités purement économiques "
Après le "tout formica" dans les campagnes au cours des années 1960, la première moitié des années 1990 fut celle du "tout Développement Local".
Ainsi, le Développement Local, après être passé par une sorte de purgatoire culturel propre à toute innovation conceptuelle quelque peu marquée politiquement, faisait l'objet de toutes les sollicitations d'acteurs et de responsables en recherche de perspectives nouvelles susceptibles de générer une dynamique économique et territoriale nouvelle.

Les observations de pratiques économiques et sociales innovantes sur les territoires - pour l'essentiel, ruraux - se multipliaient, les échanges d'expériences constituaient un marché en expansion, les chercheurs eux-mêmes se penchaient avec une certaine bienveillance sur cet objet un peu étrange, qui était né et avait grandi loin de leurs sollicitudes et leur avait par là un peu - totalement ? - échappé.
Le Développement Local a progressivement envahi l'espace public, en tout cas celui des développeurs, profession en émergence vers le milieu des années 80 et ayant connu depuis une forte expansion, parallèlement à la notoriété et au succès de la référence au Développement Local, le Développement Local était devenu une pratique foisonnante jusqu'à la confusion. Les références idéologiques elles-mêmes se brouillaient, eu égard à la diversité de ceux qui se réclamaient alors de ces démarches et approches du terrain.
Malgré ce succès, ou plutôt à cause de lui, il apparaît aujourd'hui bien difficile de cerner et définir avec pertinence cette notion.
Pour certains, le Développement Local renvoie à une philosophie du développement économique; pour d'autres, dès lors qu'une initiative s'inscrit dans un contexte local, elle participe au Développement Local dont elle constitue une composante; il est par ailleurs assez largement admis, dans le microcosme des professionnels du Développement Local, que celui-ci peut prendre des modalités extrêmement diverses et concerner aussi bien la sphère marchande et les activités économiques que le domaine culturel, les dynamiques d'insertion, la pratique sportive, etc. Bien entendu sans oublier la dimension politique du Développement Local, vecteur d'une démocratie vécue, revendiquée et assumée.

Tout est Développement Local ! Le Développement Local est partout !

Les agents de développement économique eux-mêmes expriment leurs difficultés à se retrouver dans ce foisonnement. Cela se comprend d'autant plus que, et ce n'est pas là le moindre paradoxe de la réalité du Développement Local, l'essentiel des opérations ainsi qualifiées ne sont possibles que par le biais de financements provenant, pour l'essentiel de Bruxelles et relayés par l'administration préfectorale ou les Conseils Régionaux. Les procédures de Développement Local sont avant tout européennes et nationales. Il faudrait d'ailleurs s'arrêter quelques instants sur ce terme même de "procédures". Est-il indifférent ou neutre d'évoquer les "procédures" à propos du Développement Local ? N'est-ce pas antinomique avec les idées d'origine, qui reposaient bien davantage sur des processus, des dynamiques, des émergences et des enchaînements d'énergie d'acteurs que sur des procédures à connotation bureaucratique.
Le Développement Local nécessitait désormais de passer par un ensemble de procédures très formalisées; il était devenu lui même une procédure.
Le Développement Local est aujourd'hui confronté à de redoutables questions qui lui sont de fait posées par la réforme des Fonds Structurels, machine de guerre du Développement Local.
Faut-il à ce stade évoquer ce qui constituerait d'une certaine façon les 3 âges du Développement Local ?
* La période idéologique, évanouie avec la généralisation des pratiques concrètes et l'inévitable diversification des références sous jacentes à ces mêmes pratiques ;
* La période des expérimentations, de l'innovation,
* La période bureaucratique et procédurale.
Dans ce paysage en transformation, les agents de développement économique en charge de la TPE sont confrontés à la nécessité impérative d'y voir plus clair afin de dégager des lignes de force et des axes d'actions prioritaires autour desquels organiser leurs pratiques de demain.
Ces changements dans les fonds structurels vont-ils marquer la "fin de l'histoire" du Développement Local ? Ou au contraire les acteurs impliqués et concernés se trouvent-ils aujourd'hui à l'aube d'une nouvelle phase caractérisée par l'émergence de nouvelles références et de nouvelles pratiques ?
Nous pouvons à l'appui de cette hypothèse proposer une définition du développement local, prenant explicitement en compte la dimension essentielle que constitue la création d'entreprise dans la dynamique de création de richesses sur un territoire :
"le développement local vise à accroître la capacité de la collectivité de s'adapter au changement et à encourager et appuyer l'entrepreneuriat. Cela comprend la détermination des créneaux de marchés qui peuvent être desservis de manière concurrentielle à partir de ces localités.
Le principe fondamental du développement économique axé sur la collectivité, c'est l'intervention de personnes qui prennent des mesures au niveau local afin d'améliorer les conditions économiques, sociales et environnementales. La création d'emplois, dans le contexte du développement économique local, est un élément clé de ce processus qui rapproche ceux qui, au niveau local, ont décidé de prendre des mesures et d'innover afin de combattre le chômage".
Cette définition met clairement l'accent sur la nécessaire dimension économique de toute dynamique de développement local, la création d'entreprises constituant un facteur essentiel de cette dynamique. Le développement local est une voie de redynamisation économique des territoires, à laquelle la TPE peut contribuer de façon déterminante. Le développement passe par la création d'activités économiques, d'emplois et de richesses échangées sur le marché.
Les Chambres de métiers ne sont pas restées à l'écart de ces dynamiques. Aujourd'hui, elles s'interrogent sur les perspectives qu'il est possible d'entrevoir quant à ces dynamiques, que la Loi Pasqua et la reconnaissance officielle des "Pays" a quasi officialisées. Quelles orientations prendront les prochains Contrats de Plan sur ces questions ? Quelles seront les marges de manœuvre que permettra la Loi Voynet ? Quelle sera la logique dominante ? L'aménagement du territoire ou le Développement Local ? Ou une autre perspective, totalement inédite ?
C'est dans ce contexte qu'un groupe d'agents praticiens du Développement Local s'est réuni dans le cadre d'un Groupe Expert de l'ISM. Il s'est interrogé sur les pratiques de l'artisanat en matière de développement territorial.
C'est tout l'enjeu de ce Groupe Expert qui, au fIl de rencontres de terrain, d'expertises de pratiques, de questionnements réciproques, s'est interrogé sur ce que peut signifier le Développement Local dans l'artisanat, sur la valeur ajoutée que ces dynamiques peuvent générer au profit de la TPE.
Ce travail s'efforce de traduire fidèlement les interrogations du groupe, les pistes qu'il a explorées, sans toutefois les clore ou les refermer, car, dans un tel domaine, rien n'est définitivement acquis, rien n'est jamais certain.