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Ouvrages

L'Épisode CIDUNATI


Date : Juillet 1998 Auteur : ISM Collection : Cahiers de l'ISM
Nombre de pages : 22
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En dépit de sa violence et de ses excès ou peut être à cause d'eux, le mouvement de contestation d'où est issu le CIDUNATI est un moment important de l'histoire contemporaine de l'artisanat et du petit commerce. On ne peut en minimiser les effets. Suivant de peu les évènements de mai 1968, cette révolte catégorielle a été le point de départ d'une sorte de réveil et d'une action vigoureuse des pouvoirs publics. Michel David chargé en avril 1969 de créer la Direction de l'Artisanat évoque en quelques pages les faits les plus saillants de ce qu'il qualifie, pour en mesurer la portée, ' "l'épisode CIDUNATI ", devenu " volcan éteint " après son éruption initiale.


Sommaire

I. L'éruption de la contestation
II. La progression du mouvement
III. Le point culminant
IV. Les fractures et l'effondrement


I. L'éruption de la contestation

8 décembre 1968. A la Batie-Montgascon, petite commune de l'Isère proche de Morestel, une trentaine d'artisans et de commerçants sont réunis dans la salle du conseil municipal à la mairie pour entendre le démarcheur d'une mutuelle de Lyon leur expliquer les modalités de la nouvelle loi sur l'assurance maladie-maternité obligatoire votée le 12 juillet 1966 pour les non-salariés non agricoles et de ses décrets d'application. Les assistants considèrent que ces textes sont inacceptables et qu'ils ont été trahis par leurs " dirigeants représentatifs ". Indignés ils adressent au préfet une motion de protestation, sous le regard affolé du représentant de la mutuelle.
Ce qui est mis en cause, c'est la disproportion entre les prestations de remboursement des frais médicaux et la lourdeur des cotisations. De plus, et c'est ce qui met le feu aux poudres, les cotisations maladie des retraités seront prélevées d'office sur le montant de pensions déjà ridiculement faibles.
Le mécanisme de la contestation est déclenché. Gérard Nicoud, jeune cafetier récemment installé dans le village, en prend la tête. La motion a du succès. Un artisan de 30 ans, à Dolomieu, Maurice Mesny, qui a repris les métiers à tisser de son père, fait des réunions de village en village, pour recueillir de nouvelles adhésions.
A la mi-février 1969, 9 600 signatures ont déjà été recueillies dans le seul département de l'Isère. Conduits par Mesny et Gérard Nicoud, des commerçants et artisans collent des centaines d'affiches pour appeler à un grand meeting au Palais de Glace à Grenoble. Un télégramme est envoyé au Premier Ministre et au Ministre des affaires sociales pour les alerter de la situation. Le meeting a lieu le 17 février ; il réunit 15 000 personnes. Les dirigeants des organismes traditionnels de défense, PME, CAPEB, CNAM, ont été invités ; aucun n'est venu. Pierre Poujade se présente mais accueilli au cri de " trahison ", il ne peut parler plus de cinq minutes et doit se retirer sous les quolibets. L'ambiance est houleuse. Aimé Paquet, député de l'Isère, prend la parole ; il reconnaît que la loi est mauvaise mais n'apporte son soutien au mouvement que si celui-ci " reste dans la légalité ". Gérard Nicoud en conclut, sous les applaudissements, que le seul moyen des commerçants et des artisans pour se faire entendre de cette " redoutable machine qu'est l'Etat " c'est de " descendre dans la rue ". L'exemple de mai 68 est là pour montrer que " le gouvernement ne comprend que le coup de poing sur la table ". Le Dauphiné lance la révolte.


II. La progression du mouvement

En juillet 1969, le Mouvement de la Tour du Pin se transforme en groupement national, le CID (Comité d'information et de défense). Mesny laisse la présidence à Buisine et se contente avec Nicoud d'une vice-présidence.
En plein mois d'août 1969, le nouveau ministre des affaires sociales, Robert Boulin, décide d'organiser des tables rondes qui ont lieu à Paris les 5 et 26 août. Gérard Nicoud y participe, comme Pierre Poujade, et malgré les protestations des organisations " traditionnelles ". Le résultat est positif, le ministre s'engage à préparer un projet de loi visant à améliorer les prestations du régime maladie.
En dépit de cette manifestation de bonne volonté de la part du gouvernement, le 25 septembre 1969, deux mille personnes sont réunies dans la salle des fêtes de Montalieu (Isère) ; l'atmosphère est survoltée. Buisine chauffe la salle par un discours violent. Les assistants viennent de l'Ain, du Rhône, de la Savoie et bien sûr de l'Isère.
Deux policiers des Renseignements généraux présents dans la salle sont enlevés et 500 personnes les accompagnent pour manifester devant la sous-préfecture de La Tour-du-Pin. Dans la nuit, Gérard Nicoud apprend qu'un mandat d'arrêt est lancé contre lui ; voyant l'arrivée de renforts de gendarmerie il donne l'ordre de dispersion et s'enfuit caché dans le coffre d'une voiture tandis que les deux policiers sont emmenés dans l'Ain et relâchés.
Neuf dirigeants du CID sont arrêtés le jour suivant. Gérard Nicoud se cache pendant deux mois mais en profite pour mettre en place un réseau de communication avec ses adhérents surnommé " Mandrin ", du nom du célèbre contrebandier dauphinois du XVIIIème siècle. Le 26 novembre, il se présente au palais de justice de Grenoble où s'ouvre son procès en appel ; il est de nouveau appréhendé mais condamné à six mois de prison avec sursis retrouve le soir même sa liberté.
Le 9 mars 1970, le CID rassemble à Paris au Parc des Princes 40 000 sympathisants venus de toute la France ; une délégation est envoyée à Matignon. Chaban-Delmas, Premier Ministre, refuse de la recevoir. Furieux les militants font rouler leurs cars à 5 km/h dans les rues et bloquent le périphérique. Nicoud a quand même évité un affrontement avec les forces de l'ordre.
En avril 1970, le CID et l'UNATI fusionnent et constituent le CIDUNATI. Celui-ci enlève 114 sièges sur 468 à pourvoir aux Conseils d'Administration des Caisses maladies. Le 21 juin a lieu le premier Congrès National. Gérard Nicoud en est élu le secrétaire général, assisté d'une collégiale de 21 membres. Le 8 octobre, le CIDUNATI participe à la première réunion plénière des administrateurs élus du régime maladie. L'ambiance est tendue. Le CIDUNATI se heurte au front commun des " traditionnels " et ne parvient à lire sa motion que dans un grand chahut ; il n'arrive pas à obtenir le remboursement du gros risque à 100 %. Finalement le ministre, M. Boulin, tranchera dans ce sens quelques jours plus tard et imposera cette prise en charge par un décret de décembre. C'est une belle victoire du CIDUNATI. Mais il ne baisse pas la garde.