Accueil du site de l'Institut Supérieur des Métiers

Avec le soutien de :

MEIEDGCIS
Retour a l’Accueil > Publications > Ouvrages > Petites entreprises et artisanat, acteurs des systèmes productifs locaux

Ouvrages

Petites entreprises et artisanat, acteurs des systèmes productifs locaux


Date : Février 2003 Auteur : ISM Collection : Etudes
Nombre de pages : 94 Prix : 30 €
 

Cette étude est le résultat d'un travail de recherche-action coordonné par l'ISM avec un groupe d'agents de développement économique de Chambres de métiers.


A partir de l'observation de six systèmes productifs locaux les SPL d'Oyonnax, de Cholet, de Lille-Roubaix, de Cambrai, de la vallée de la Soule, de Biarritz et de Lyon), l'objectif était d'une part de caractériser le positionnement des TPE dans ces réseaux, d'autre part d'identifier les modes d'animation efficaces pour ce type d'organisation économique.


Les entretiens conduits avec des entreprises et les acteurs institutionnels locaux, l'analyse des situations de terrain, ont permis de faire émerger un concept opératoire plus adapté aux formes de liens existant localement entre les TPE : le Réseau Entrepreneurial de Production et de Services (REPS).


Le document constitue une contribution à l'analyse de la territorialité des très petites entreprises de production, un champ d'investigation prioritaire de l'ISM pour les deux prochaines années.


Cette étude a été réalisée avec le soutien de la Direction des Entreprises Commerciales, Artisanales et de Services, avec l'appui technique des Chambres de métiers de l'Ain, de l'Essonne, de la Gironde, du Lot-et-Garonne, de Maine-et-Loire, du Nord, des Pyrénées-Atlantiques, du Rhône et de Seine-Saint-Denis. Elle repose également sur les nombreux entretiens conduits auprès des représentants institutionnels et des entreprises des SPL d'Oyonnax, de Cholet, de Lille-Roubaix, de Cambrai, de la Vallée de la Soule, de Biarritz et de Lyon. Ont participé à sa rédaction :

  • M. Bernard COULE, Chambre de métiers de Gironde
  • M. Christophe JARTOUX, Chambre de métiers de Seine-Saint-Denis
  • M. Ghislain KLEIJWEGT, Chambre de métiers de Maine-et-Loire
  • M. Bernard LHUSSIEZ, Chambre de métiers de l'Essonne
  • M. René RODRIGUEZ, Chambre de métiers du Lot-et-Garonne
  • M. Jean-Luc SABER, Chambre de métiers du Rhône.

L'accompagnement pédagogique des travaux a été assuré par deux experts de l'ISM, M. le Professeur Robert FOUCHET et M. Jean-Michel RIVALLAND.


Sommaire

Sommaire
Les systèmes productifs locaux, la réalité du terrain et l’entreprise artisanale
1 • Typologie des SPL et objectifs de travail sur le terrain
2 • Des territoires locaux aux frontières pas toujours clairement identifiées et susceptibles de se modifier dans les temps
3 • Les acteurs et leurs interactions
4 • De l’intuition à l’observation et à l’analyse : l’émergence d’un concept opératoire adapté aux TPE, le Réseau Entrepreneurial de Production et de Services (REPS)
5 • Recommandations et préconisations pour l’action
Conclusion
Annexes


3 • Les acteurs et leurs interactions

Fondamentalement, les SPL sont caractérisés par une logique d’interaction forte et localisée entre différents acteurs dans les domaines de l’économique, du social ou de l’action institutionnelle. Au sein des systèmes productifs locaux visités, des interactions de nature et d’intensité variables ont été observées.

Nous nous proposons de rendre compte de la diversité de ces observations à partir de trois éléments de caractérisation d’un SPL :

  • L’ancrage du SPL,
  • La dynamique du SPL (fonctionnement et reproduction),
  • Le pilotage du SPL


L’ancrage du SPL

Le critère “ relations des acteurs au travail ” peut constituer un facteur discriminant quant aux facteurs favorables à l’émergence ou au développement d’un SPL ; tant sur le Choletais que dans la Vallée d’Oyonnax, les populations sont perçues comme travailleuses. On mesure ici l’importance d’un facteur culturel dans la dynamique de développement territorialisé.

Les acteurs des sociétés locales résidant sur les territoires étudiés par le groupe expert présentent les caractéristiques suivantes :

  • Capacité de travail,
  • Aptes à l’innovation,
  • Compétences adaptables en fonction de l’évolution des techniques de production.

On observe par ailleurs que les créations d’entreprises, à Cholet, comme à Oyonnax ou à Roubaix, sont d’abord le fait de personnes originaires du territoire, du “pays ”. Le même constat est fait sur Bayonne, puisque les créateurs d’entreprises de la filière glisse (entreprises de fabrication de planches, shapers) comme dans le secteur des métaux sont originaires de la proche région. Les observations menées sur Lyon conduisent aux mêmes constats, à savoir que les acteurs de la bijouterie, aussi bien pour les PME que pour les TPE, sont originaires de Lyon et de sa région. Cette inter connaissance mutuelle des acteurs s’enracine dans une histoire personnelle partagée entre ces acteurs. Ainsi, sur le Choletais, on entend parler de “ la filière Saint Gabriel ”, établissement d’enseignement qui a vu passer l’essentiel des chefs d’entreprises actuels du pays, qui se connaissent donc de très longue date. Cet aspect, très fort sur certains territoires, favorise largement l’émergence des facteurs de synergie et de coopération au delà des branches repérées (chaussures, textile) :

  • exemple des sous traitants regroupés au sein de structure commune,
  • nombreuses SCOP,
  • filière constituée de réseaux spécifiques propres à certains groupes d'acteurs.

Ainsi, sur le Choletais, chaque chef d’entreprise connaîtrait environ 50% des chefs d’entreprise installés dans le même secteur.
Il semble possible à ce stade de formuler une première hypothèse quant aux éléments propices à l’émergence et à la structuration d’un SPL, à savoir le fait qu’il correspond davantage à une logique endogène qu’exogène. Ce sont les populations locales qui “font ” le SPL. L’importance du critère culturel, voire anthropologique n’est pas à minorer. Cette dimension se trouve selon toute vraisemblance renforcée par le sentiment partagé par les acteurs concernés d’appartenir à une même “ famille professionnelle ”, qui s’auto légitime sur la base de compétences communes ou relevant du même secteur : on appartient au même milieu professionnel de la “glisse ” sur la côte basque, au même milieu du bijou à Lyon, etc.


La dynamique du SPL

Les relations inter entreprises d’un même territoire tendent à se diluer au fil des années. Ce constat trouve son origine dans l’évolution forte des donneurs d’ordre. Ceux-ci, après avoir été essentiellement des entreprises présentes sur le territoire (Oyonnax dans les années 60-70 ou le Choletais jusqu’aux années 85) sont de plus en plus des entreprises délocalisées. Les territoires locaux s’ouvrent, ce qui génère deux mouvements bien repérés sur les territoires étudiés :

  • Des donneurs d’ordres locaux qui délocalisent leurs fabrications, alors que celles-ci étaient auparavant confiées aux entreprises du territoire. Les entreprises locales ne sont sollicitées que pour répondre à des surcroîts d’activité ou à des réassortiments ; (le cas du textile Choletais),
  • Les entreprises locales sont désormais sollicitées par des donneurs d’ordre extérieurs au territoire (le cas d’Oyonnax).

Ce double mouvement alimente une dynamique d’ouverture des territoires locaux et contribue à rendre plus complexe une intervention visant à impulser des dynamiques de développement endogène. Avec l’ouverture du territoire, la croissance externe et l’arrivée de groupes d’origine extérieure au territoire, les entreprises locales sont appelées à devenir des simples unités de production. Il faut toutefois souligner que si les grandes entreprises pratiquent la délocalisation, elles tiennent à conserver localement des sous traitants compétents pour la petite série, les prototypes, le réassort, les collections : en fait , on assiste à l’émergence d’une logique de “ dépannage ” favorisée par l’existence de relations entre personnes qui se connaissent de longue date. (cf. supra)

Par ailleurs, il faut également prendre en compte l’arrivée de capitaux extérieurs qui prennent le contrôle d’entreprises locales, tant sur Oyonnax que sur le Choletais. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il peut contribuer à contrecarrer ou à rendre plus difficile la mise en oeuvre d’une dynamique de développement local. Cette perspective n’est pas facilitée quand les chefs d’entreprises ne disposent pas de temps pour conduire ensemble des réflexions prospectives et stratégiques ; ainsi sur le Choletais, ils déclarent ne pas disposer de temps ni de réelle volonté pour cela.

Dans le secteur des métaux du Sud Landes, il est clair que les TPE sont en situation de sous traitance vis à vis de gros donneurs d’ordre locaux ou régionaux. On notera cependant qu’il faut affiner le propos ; en effet, certaines entreprises ont une clientèle qui n’est pas du tout locale. Que peut-on en conclure ?

La filière glisse est davantage émergente, nous l’avons déjà souligné. Le problème de ces entreprises est davantage de se positionner dans un ensemble économique assez largement ouvert à la concurrence internationale et sur un marché dominé par des grandes entreprises, parfois multinationales.

  • Bijouterie sur Lyon : système d’entreprises en réseau informel, mais réseau de fait : multiples relations de sous traitance, les artisans étant le plus souvent, mais pas exclusivement, les sous traitants des PME. Les relations établies entre les différentes entreprises concourent à l’existence à Lyon d’une réelle filière de la bijouterie. A noter : les relations établies entre entreprises s’établissent sur la base d’une logique de sous traitance ; les fabricants de produits finis n’entretiennent pratiquement pas de relations entre eux.
  • Création d’entreprises : il semble qu’il y ait peu de création d’entreprises dans les secteurs d’activités concernés sur les territoires considérés ; cette réalité correspond le plus souvent à des initiatives d’anciens salariés licenciés suite à des délocalisations de leur ancienne entreprise. A noter toutefois que certaines créations se sont effectuées sur ce Territoire du Choletais et des Mauges et sont fortement induites par ce qui perdure du District – SPL. Ces créations ont été envisagées notamment par la connaissance que certains acteurs ont des réseaux de fournisseurs qui restent sur ce territoire car il reste une image de ce territoire.

De manière générale, les observations tendent à montrer que les relations entre les entreprises des SPL observés sont essentiellement de nature marchande. Les relations non marchandes et informelles, si elles existent, n’apparaissent pas de manière évidente et sont vraisemblablement de plus faible intensité. De plus, la nature des relations marchandes est souvent verticale. Par exemple, au sein du secteur de la bijouterie Lyonnaise ce sont les relations de sous-traitance qui dominent. On constate le même phénomène à Cholet. La situation est plus nuancée à Oyonnax. Par contre, à Bayonne le secteur de la glisse semble être le lieu de relations informelles et non marchandes plus intenses. De plus, la logique de sous-traitance paraît moins ancrée. De fait, la morphologie du réseau varie sensiblement d’un site à l’autre.

S’agissant de l’existence de barrières à l’entrée qui constitue l’un des éléments de stabilité du SPL, nos investigations ont révélé des situations contrastées. Bien qu’aucun système ne soit totalement refermé sur lui-même, la fonction de régulation des nouveaux arrivants est plus ou moins forte selon les SPL : dans le Choletais, de nombreux dirigeants d’entreprises interrogés indiquaient la difficulté, en termes d’intégration sociale, qu’aurait un individu “ extérieur ” au territoire pour s’y implanter. Par contre, ce sentiment n’est pas partagé par les bijoutiers Lyonnais qui attachent une plus grande importance à la compétence professionnelle comme facteur d’intégration.


Le pilotage du SPL

Entre entreprises et institutionnels (par exemple les élus locaux) les relations ne sont pas convaincantes ; il y aurait peu de relations réelles car les élus feraient montre de peu de compréhension des vrais enjeux. Certains maires cherchent à réagir lorsqu’une entreprise locale ferme, mais ils disposent de peu de leviers d’actions. De plus, les chefs d’entreprises ne voient pas clairement ce qu’ils pourraient demander aux élus. La majorité des entreprises contactées ont la conviction que les élus locaux ne peuvent pas faire grand chose pour elles.

Les chefs d’entreprises considèrent que les élus politiques ne relaient pas les préoccupations des entreprises : il n’y a pas de lobbying politique en leur faveur. Il semble que les syndicats professionnels ne contribuent pas davantage à conforter cette logique. Les organisations professionnelles, aux dires des chefs d’entreprises rencontrés, “ sont des rassemblements de logiques divergentes, voire opposées ”.

Les organisations professionnelles font preuve parfois d’une grande fragilité. Ainsi dans le cas des bijoutiers de LYON, la Chambre syndicale a été contrainte de “mettre en sommeil ” ses activités, faute d’implication réelle des entreprises PME du secteur. La forme de gouvernance des SPL étudiés est apparue généralement très diffuse. Cependant, on peut s’interroger sur l’autorité exercée par certains donneurs d’ordre (quelquefois extérieurs au territoire) sur les sous-traitants locaux. Il semble, pourtant, qu’aucune stratégie collective n’existe, y compris en ce qui concerne les évolutions possibles des secteurs d’activités constitutifs des SPL étudiés.

Les acteurs institutionnels (collectivités, organismes consulaires) ne semblent pas faire preuve d’une volonté marquée de développement des dynamiques portées par les systèmes productifs locaux étudiés par le groupe expert. L’exception à la règle serait constituée par la “cité de l’initiative ”, projet fortement soutenu par les collectivités locales mais qui a son origine dans une volonté très forte d’une personne ayant porté le projet à ses débuts.

Au final, l’animation institutionnelle des SPL observés apparaît peu sensible. Elle n'apparaît ni forte ni évidente. Cette observation conduit à relativiser la réalité des SPL au regard des références
théoriques admises. Notons à ce propos, l’importance de la démarche DATAR qui tend à susciter un niveau local de dynamique territoriale basée sur le concept de SPL.


Vers un système local global ?

La Cité de l’Initiative de Roubaix n’est pas un SPL, mais une composante d’un SPL qui comprend
plusieurs éléments présents sur un territoire urbain :

  • Cité de l’initiative,
  • Lycée textile,
  • Ecole d’ingénieurs textile,
  • La Redoute,
  • Futur Musée du textile.

Sur Cholet, on ne rencontre pas une configuration analogue. Le CAMI (Centre d’Affaires Mode Industrie) est assez mal perçu par les chefs d’entreprises. On observe que les façonniers quittent, quasiment tous, le Centre d’Affaires Mode Industrie. Plus largement, les professionnels considèrent que ce CAMI ne joue pas leur jeu et encourage les délocalisations ; le CAMI est d’ailleurs piloté par des entreprises ayant délocalisé. Le CAMI ne semble pas constituer un réel interlocuteur des entreprises pour les aider à résoudre leurs problèmes.

Sur Oyonnax, le Pôle Européen de Plasturgie ne participe pas non plus de façon déterminante à la dynamique territoriale. Certaines entreprises savent recourir de façon sélective à cet outil qui est aujourd’hui loin de faire l’unanimité, ne serait-ce que compte tenu du montant élevé des droits d’adhésion, inadaptés aux capacités financières de la TPE.

En ce qui concerne les activités de “glisse ” sur la côte Aquitaine, on observe que des entreprises travaillant autour des activités de mode de surf et de glisse (magasins de vêtements, de mode, de loisirs) s’installent au Pays Basque, lieu d’origine du surf. Plusieurs entreprises se délocalisent sur le Pays Basque pour profiter de l’image “ glisse ” de ce territoire : exemple d’une entreprise originaire de Toulouse. Toutefois, dans ce domaine, les activités sont plus émergentes que confirmées. Il resterait à observer le développement dans la durée.

Il faut également souligner le rôle de la grande distribution dans la dynamique de structuration et d’organisation d’un secteur d’activité, tel que nous le montre le cas de la bijouterie à LYON. Les
entreprises de ce secteur ont été contraintes de s’adapter pour faire face à deux défis des années quatre vingt dix:

  • L’importation massive de bijoux en provenance de pays asiatiques,
  • L’apparition et le développement fort de la distribution de bijoux en grandes surfaces.

Les conséquences de cette double contrainte ont été notamment les suivantes :

  • Obligation de garantir une qualité constante, ce qui impose davantage de rigueur dans l’organisation de l’activité de production,
  • Nouvelle organisation de la gestion de production.

Cette dynamique a pu être affrontée principalement par les PME. Les TPE ont eu plus de difficultés et se sont recentrées sur une logique de sous traitance des PME. On observe également l’existence de relations étroites et régulières entre les entreprises de bijouterie et le système de formation professionnelle : accueil de stagiaires, dynamique d’apprentissage, filière de formation continue. Le milieu professionnel reconnaît une réelle compétence à l’organisme de formation professionnelle et souligne qu'il y a à disposer sur place d’un tel outil.

D’une façon générale, cette relation à la grande distribution semble constituer une constante pour les produits de grande consommation, pour lesquels le mode de distribution a un impact fort sur l’organisation de la production : bijouterie, vêtements, chaussures, espadrilles, certains articles de plastique de grande consommation.


Conclusion

Sur les territoires étudiés, les entreprises sont inscrites dans des dynamiques relationnelles mettant en cause des acteurs autres que les entreprises elles-mêmes. Le plus souvent, c’est un centre de formation ou un dispositif d’animation sectorielle qui est présent et qui va jouer un rôle. Le SPL n’est pas fait que des entreprises. C’est bien une organisation globale d’une partie du territoire qui contribue à définir l’existence et la réalité d’un SPL. Et cela même si l’on n’est pas en présence de “ l’idéal-type ” du modèle SPL. A ce stade de notre analyse, il importe de souligner la présence d’acteurs non producteurs dans le jeu territorial. Ces systèmes locaux ne peuvent-ils pas ambitionner de se développer, à partir d’un secteur d’activité identifié, d’être repérés comme des pôles d’excellence ?