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Une clef de l'avantage concurrentiel Modalités d'intervention de l'Etat En savoir plus Parution mai 2000 - Télécharger le document
Article reproduit avec l'aimable autorisation de L'Expansion Management Review
Grégory Schneider-Maunoury
La prise en compte de l'environnement par les petites entreprises n'est pas seulement un facteur de surcoût. Au contraire, elle contribue à la réduction des coûts de production, au développement commercial et à la création de valeur.
Il est aujourd’hui clairement établi, d’une part, que la gestion de l’environnement est un outil performant de la modernisation ou de la réorganisation des entreprises, d’autre part, que le rôle de l’Etat par le biais de la réglementation et de l’aide à l’innovation est un soutien nécessaire de ces stratégies (1). Toutefois, deux questions restent posées cette gestion de l’environnement n’est-elle pertinente que pour les grandes entreprises ? Comment organiser la coopération avec l’Etat et décider des modalités de son soutien ? Pour y répondre, nous avons étudié l’impact de la gestion de l’environnement dans 26 petites entreprises européennes (2). La plupart participent, avec l’aide de l’Etat, à un programme de mise en place de gestion de l’environnement ou d’innovation technologique.
Une clef de l’avantage concurrentiel
La prise en compte de l’environnement est une clef de la modernisation des entreprises, c’est un moyen d’améliorer la performance, pas nécessairement une fin en soi.
De la motivation à l’action. Sur les 26 responsables d’entreprise interrogés, 6 seulement ont fait état d’une fibre écologique qui a défini le champ d’action de l’entreprise, voire le parcours personnel du dirigeant. Il s’agit des entreprises qui se sont créées sur un concept d’éco-industrie ou d’éco-service. En revanche, celles qui ont développé par la suite un éco-produit ne sont pas nécessairement fondées sur une forte motivation environnementale. Elles sont toutes sensibles aux problèmes liés à l’environnement, mais ce n’est pas cette sensibilité qui a été l’élément moteur de leur stratégie elle leur a permis de répondre à la contrainte environnementale en saisissant les opportunités qu’elle recèle ou d’intégrer la prise en compte de l’environnement dans leur logique de développement de l’entreprise. En d’autres termes, la sensibilité environnementale n’est pas indispensable au déclenchement de l’action, mais elle est nécessaire à la mise en place de procédures organisées, voire d’un système de gestion de l’environnement.
La typologie n’est donc pas un classement des entreprises selon leur "mérite", mais plutôt une classification selon les objectifs poursuivis.
Les processus de gestion de l’environnement. Il est difficile et coûteux, surtout pour les petites entreprises, de se lancer dans une politique de réduction des nuisances tous azimuts On constate en fait que la gestion de l’environnement est séquentielle, respectant le plus souvent l’ordre suivant : déchets, énergie, eau ou air. La gestion des déchets est en effet un levier des plus efficaces. C’est l’aspect le plus facile à mettre en oeuvre, qui permet d’aborder l’amélioration des procédures et d’engendrer rapidement un réexamen des matières premières utilisées. Elle est rentabilisée à court terme.
La recherche d’économies d’énergie est une bonne démarche pour les entreprises qui se sont déjà occupées de leurs déchets. C’est une approche qui peut notamment être prise en compte lors de l’agrandissement ou du déménagement de l’entreprise. Une menuiserie suédoise qui a intégré sa gestion de l’environnement à l’occasion d’un agrandissement a ainsi maintenu sa facture d’électricité à son niveau précédent tout en multipliant par deux le nombre de ses machines.
La gestion de l’environnement n’est pertinente que dans le cadre d’une stratégie cohérente de développement, d’autant qu’elle peut être fortement bénéficiaire.
Maîtrise des processus. C’est le premier effet pour les entreprises d’une gestion de l’environnement. Prenons l’exemple d’un peintre en bâtiment qui se voit demander par un de ses clients une meilleure gestion des déchets. Il décide de trier les pots et, à chaque chantier, de rapporter ses produits non utilisés. Les premiers temps sont difficiles, puis le chef de l’entreprise s’aperçoit que les équipes emportent trop de matériel, sont parfois trop importantes pour effectuer le travail. Finalement, cela lui permet de mieux répartir ses capacités de production et, très concrètement, de regagner des parts de marché en proposant des devis moins élevés.
Création de valeur. Dans le domaine des éco-industries ou des éco-services, l’adaptation stratégique des entreprises est remarquable. Dans les deux cas, le fondateur et manager est animé d’une grande conscience environnementale qui a déterminé ses choix de vie. Dans les deux cas, l’entreprise est maîtresse de la seule conception et commercialisation, la partie production étant déléguée à des sous-traitants.
Les entreprises ne s’engagent pas seules. Elles ont souvent besoin d’une aide de l’Etat, pour initier, structurer ou organiser leur démarche.
Ces deux exemples montrent la possibilité pour les petites entreprises de créer de la valeur en utilisant la technologie. Dans ces deux cas, le service rendu réduit notablement les pollutions chez le consommateur final.
On le voit dans les expériences décrites, la gestion de l’environnement est pertinente pour maîtriser les processus de production. Cette maîtrise permet d’obtenir des réductions de coûts et d’accéder à de nouveaux marchés, mais aussi et surtout de créer de la valeur.
Modalités d’intervention de I’Etat
Les entreprises ne s’engagent pas seules dans la gestion de l’environnement. Elles ont souvent besoin d’une aide de l’Etat, pour initier, structurer ou organiser leur démarche.
L’importance d’une action collective. Sur les 26 entreprises étudiées, 16 participent à une opération collective de mise en place d’une gestion de l’environnement, 6 autres font l’objet d’un programme de soutien à l’innovation technologique. Ces dispositifs comportent en général un diagnostic de la situation des entreprises, suivi d’un accompagnement visant à mettre en place un système de gestion de l’environnement, qui sera validé par une visite finale. Dans quelques cas, une aide à l’investissement complète l’ensemble.
Les créations d’emplois. On distingue trois types d’emplois directement liés à une stratégie environnementale :
Réseaux de développement durable et d’innovation. Outre le cadre général de l’accompagnement de projets, l’intervention de l’Etat peut prendre la forme d’une aide spécifique à une entreprise remarquable susceptible d’entraîner tout un secteur ou d’une aide à l’innovation. Ainsi, dans le Haut-Adige (Tyrol du Sud), devant le peu d’enthousiasme des entreprises contactées pour participer à une opération collective, l’administration régionale a établi un contrat avec une entreprise "exemplaire" représentative d’un secteur, une menuiserie. Après l’analyse initiale a été mis en place un système de management de l’environnement. L’entreprise familiale, depuis quatre générations, s’était agrandie au gré des années sans penser à l’efficacité environnementale. Après bien des difficultés, car elle n’imaginait pas s’engager dans une telle remise en cause de ses processus, l’entreprise a mis en place une politique environnementale fondée sur la conquête du marché de l’éco-menuiserie. Vérifiée par un service de l’administration environnementale régionale, la démarche - certifiée ISO 4001 par la suite - a servi d’illustration pour un guide régional d’aide à la mise en place d’un système de management de l’environnement. Toutes les menuiseries de la région qui souhaitent suivre la même voie peuvent donc s’y référer. L’aide à l’innovation n’est pas nécessairement une politique bénéficiant à une seule entreprise ; la dynamique créée peut être partagée au niveau régional. Quand elle intervient suffisamment tôt, l’aide à l’innovation technologique devient un moteur de transformation industrielle et sociale.
La prise en compte de l’environnement permet à l’entreprise d’avoir une stratégie proactive et d’acquérir un pouvoir de négociation dans sa filière de production.
Dans d’autres cas, les pouvoirs publics peuvent aussi être initiateurs de développement local. Ainsi en Ecosse, une coopérative de menuisiers a été installée grâce à des subventions communautaires et associatives : des outils neufs et écologiques ont été acquis, ainsi que du matériel informatique. L’accès à Internet en particulier ouvre des perspectives dans la conception de produits nouveaux utilisant des matières traditionnelles comme le bois de hêtre, de chêne ou de bouleau. Au-delà de cette dynamique, l’objectif est de reconquérir la part de valeur ajoutée du travail du bois traditionnel écossais. En effet, la coopérative est la façade commerciale d’un réseau de structures associatives de gestion de la forêt qui cherchent à retrouver la culture du bois - l’un des fondements de la culture écossaise. Derrière l’objectif écologique - garder à la forêt écossaise son caractère de forêt de bois dur -, l’objectif économique est de travailler le bois écossais en Ecosse. Alors que la valeur ajoutée est dans le travail du bois, 80 % du bois écossais est exporté en Suède, France ou Espagne, pour être réexporté en Ecosse. D’où les projets de former des menuisiers aux techniques nouvelles afin que l’Ecosse, en tant que territoire, se réapproprie la valeur ajoutée du travail de son bois.
(1) Voir Porter M. & Van der Linde C.. "Green & Competitive", Harvard Business Review, septembre-octobre 1995.
Grégory Schneider-Maunoury est docteur en sciences de gestion (IAE d'Aix en Provence). Il a été chercheur invité à l'université Erasmus de Rotterdam et au Roskilde Universitet Center (Danemark) et dernièrement à l'université européenne de l'environnement. Il est l'auteur de 'La Responsabilité environnementale, de l'Etat vers l'entreprise', L'Harmattan 1999.
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