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Centre de documentation de l'Artisanat

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TRIMESTRIEL N° 3 [Avril - 2010]

Éditorial

Deux bonnes nouvelles accompagnent la sortie de ce nouveau numéro d’Et@pe.

Signe du rapprochement sensible opéré ces dernières années entre la recherche universitaire et l’artisanat, rapprochement auquel nous consacrons aujourd’hui notre dossier thématique, la parution d’une nouvelle thèse consacrée au champ de l’entreprise artisanale mérite d’être soulignée. L’auteur, désormais docteur en sociologie de l’Université de Nantes, y rend compte des changements organisationnels survenus au sein des entreprises artisanales et des nouvelles modalités d’accès au statut d’artisan. Caroline Mazaud corrobore et valide dans ses conclusions les résultats des différentes enquêtes conduites par l’Institut Supérieur des Métiers sur les nouveaux profils des dirigeants artisans, créateurs et repreneurs d’entreprises.

J’ai également le plaisir d’annoncer à ceux qui ne seraient pas encore au courant la mise en ligne de l’espace de veille de notre Institut.

Accessible sur le site Internet de l’ISM, il offre un accès immédiat aux informations d’actualité intéressant les acteurs de l’artisanat et des petites entreprises. Il permet d’accéder à des dossiers « filières marché », qui facilitent le suivi de l’actualité d’une filière et de son marché, et à des dossiers thématiques, qui assurent une veille sur les grandes problématiques de l’artisanat et de la TPE. L’espace de veille offre également aux utilisateurs la possibilité de choisir eux-mêmes les thèmes ou les dossiers qui les intéressent et de recevoir les actualités sur ces sujets, en temps réel ou bien chaque mois dans leur messagerie électronique.

Cet outil conforte l’une des missions principales de l’ISM, qui est de produire de la connaissance sur l’Artisanat. Relayer les productions, études et enquêtes de nos partenaires est en ce sens essentiel.

De fait, ce numéro 3 d’Et@pe s’appuie sur différentes contributions de nos partenaires, partenaires universitaires du Réseau Artisanat-Université®, qui ont tenté le bel effort de définir les modalités de rapprochement entre recherche et artisanat, et partenaires institutionnels de l’ISM. Je tiens à remercier tout particulièrement la Chambre régionale des Métiers et de l’Artisanat de Rhône-Alpes pour sa contribution. Les deux dernières enquêtes régionales menées par cette Chambre confortent notre approche des deux enjeux que représentent l’emploi et le financement pour la pérennité des entreprises artisanales.

                                                                                                                                                       Alexis Govciyan
                                                                                                                                                    Directeur de l’ISM
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Recherche-action et TPE, ou comment université et artisanat peuvent collaborer

De nombreux groupes, ateliers ou séminaires, quelle que soit la dénomination qu’on leur confère, permettent à l’Université et au monde professionnel de collaborer. Cette démarche n’a néanmoins été appliquée que très récemment à l’artisanat, par la mise en place d’un Réseau Artisanat-Université®, initié en 2002 par l’Institut Supérieur des Métiers, en collaboration étroite avec la Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services (DGCIS), l’Assemblée permanente des Chambres de métiers (APCM) et les grandes organisations professionnelles réunies au sein de l’Union Professionnelle Artisanale (UPA).

Le Réseau Artisanat-Université® s’est donné pour objectif principal de combler le déficit de connaissances et de travaux de recherche universitaire consacrés à l’entreprise artisanale, de même que la prise en compte insuffisante de l’artisanat dans l’enseignement supérieur. Constitués de 14 clubs en région, le Réseau a permis à plus de 85 universitaires, 230 artisans et 150 représentants des organisations de l’Artisanat de travailler ensemble sur des problématiques intéressant la très petite entreprise. De nombreuses pratiques artisanales ont pu ainsi être modélisées, dans des domaines aussi variés que ceux de la stratégie et du développement d’entreprise, de l’innovation, de la gestion commerciale et des ressources humaines.

Ces travaux ont été réalisés grâce à une méthode originale que certains universitaires ont valorisée récemment dans la revue Management & Avenir.

Pourquoi parler de recherche action ou recherche actée au sein des clubs régionaux du Réseau Artisanat-Université®, plutôt que de simple méthode de recherche ? Marion Polge, Maître de conférences HDR à l’Université de Montpellier 1, chercheuse à l’ERFI (Equipe de Recherche sur la Firme et l’Industrie) et animatrice du Club des dirigeants de Languedoc-Roussillon depuis ses débuts, définit la recherche actée comme une démarche « ancrée dans l’action de l’entreprise et co-construite entre universitaires et dirigeants ». L’objectif est de s’appuyer sur l’expérience des entreprises membres des clubs qui, en partageant leurs perceptions et observations, concourent à l’élaboration d’une analyse de leurs stratégies, afin de repérer les bonnes pratiques et d’en tirer des outils d’aide à l’accompagnement. En termes de valorisation, si les organisations et les universitaires espèrent développer des outils généralisables à l’ensemble des entreprises artisanales, cela n’est pas toujours évident devant les situations parfois très particulières de chaque entreprise.

Pour cette même raison, les méthodes de recherche-action appliquées aux très petites entreprises, a fortiori les entreprises artisanales, ne sont pas les mêmes que celles appliquées aux plus grandes structures. Marion Polge est formelle : « les TPE se distinguent des plus grandes par la forte personnalisation de leurs pratiques stratégiques ».

L’absence de presque toute littérature scientifique sur l’artisanat au lancement du Réseau n’a pas facilité la mise en œuvre du travail de l’universitaire et du chef d’entreprise artisanale. Même si la pratique est assez courante dans certaines disciplines, comme les sciences de gestion, la confrontation au monde professionnel n’est pas toujours simple pour l’universitaire. Comment « construire des savoirs scientifiques pertinents pour la pratique » (Marie-José Avenier) ? Les universitaires doivent expliquer aux praticiens leur méthode de travail et faire comprendre à ces derniers l’intérêt mutuel d’une collaboration, avant de se lancer dans la mise en œuvre.

Constatant « qu’un problème pratique est peu mis en lumière par la théorie » et qu’il existe dans tous les cas très peu de recherches sur l’artisanat, toute l’originalité de la démarche mise en place par l’ISM repose sur la nécessité de partir du « réel expérimenté ». Comme le souligne bien Christophe Schmitt, co-animateur avec Mohamed Bayad, du Club des dirigeants de Lorraine, les chercheurs qui souhaitent travailler avec de très petites entreprises doivent être prêts à sortir des sentiers battus et des schémas conventionnels. Dans ces conditions, les « situations entrepreneuriales », c’est-à-dire la sélection par le chef d’entreprise d’actions particulières et les analyses qu’il en tire, sont tout à la fois des cadres d’analyse et des représentations du réel expérimenté. Plus précisément, la situation entrepreneuriale est le « fruit d’une relation que le sujet entretient avec le monde par ses actes et à travers ses représentations ». Sans cette relation à autrui et la compréhension de soi, il n’y aurait pas d’acte d’entreprendre. Il est également nécessaire d’analyser les représentations et perceptions que l’artisan a de ses expériences. Car, selon Christophe Schmitt et Louis Jacques Filion, la plupart des problèmes d’une entreprise viennent moins de problèmes objectifs comme un défaut de trésorerie ou un concurrent acharné, que « des représentations que les entrepreneurs peuvent entretenir de leur environnement interne et externe ».

Toute la méthode se résume en un travail de coproduction de la connaissance, non d’une transmission de savoirs unilatérale. Cette méthode de travail permet aux chercheurs d’élaborer des grilles de lecture et de modéliser les pratiques des entreprises artisanales, afin d’éventuellement proposer des outils d’aide à la décision. Les grilles d’analyse co-construites au sein des Clubs servent ainsi parfois à l’élaboration d’outils d’autodiagnostic, de préférence utilisés dans un processus d’accompagnement de l’entreprise.

Les dernières Annales du Réseau Artisanat-Université®, mises en ligne sur le site de l’ISM, présentent les travaux réalisés par 6 clubs régionaux du Réseau en 2008-2009, autour de cinq thématiques : l’accompagnement de l’entreprise artisanale, la transmission des savoirs, la création de l’entreprise, les stratégies d’innovation et la définition de la proximité artisanale.

Les universitaires du Club des dirigeants de Lorraine, sous la conduite de Mohamed Bayad, ont dressé en premier lieu une typologie des principales figures de l’accompagnement (mentor, expert, conseiller, coach), avant de poser les bases du processus d’accompagnement des créateurs d’entreprises et des dirigeants de TPE.

La synthèse des travaux du Club Midi-Pyrénées décrypte la composition du savoir artisanal et ses modes de transmission.

Celle du Club Nord-Pas de Calais s’appuie sur une enquête réalisée auprès des inscrits des Chambres de métiers du Nord et du Pas-de-Calais pour déterminer les motivations les plus courantes des porteurs de projets à la création d’entreprise.

Deux clubs présentent une synthèse sur l’innovation artisanale : l’une sur les comportements et capacités d’anticipation des entreprises face à la concurrence et aux évolutions du marché (Club de Basse-Normandie), l’autre sur les parcours des artisans pour mener une démarche innovante (Club de Languedoc-Roussillon).

Enfin, le Club de Haute-Normandie propose plusieurs définitions de la proximité.

Lire le cahier « Quelle(s) méthodologie(s) pour étudier les TPE ? », Revue Management & Avenir, numéro 30, décembre 2009, p.184-258.

Télécharger les Annales 2008-2009 du Réseau Artisanat-Université® et voir le programme 2010 du Réseau Artisanat-Université® sur le site de l’Institut Supérieur des Métiers.
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Conjoncture

Ces activités artisanales qui ont vaincu la crise en 2009

En 2009, les activités des très petites entreprises ont ressenti les retombées de la crise. Tous secteurs confondus, l’activité artisanale enregistre un recul de 2,6 %. Les statistiques avancées par la Fédération des Centres de gestion agréés (FCGA) et la Banque Populaire dans leur enquête commune, relèvent notamment un impact dans le secteur du bâtiment. Les artisans maçons ainsi que les carreleurs ont souffert d’une baisse des carnets de commande qui « plombe les trésoreries des petites entreprises » et « fragilise aussi l’emploi dans le métier ». Face à la crise, les clients retardent leurs dépenses en matière d’aménagement et d’habitat. Pour Christiane Company, Présidente de la FCGA, le fait que le bâtiment, secteur traditionnellement moteur dans l’économie artisanale, soit atteint en 2009, refléterait une possible restructuration de l’économie de proximité « autour d’une nouvelle organisation des marchés, encore en gestation ».

Il convient aussi noter les « tops » de la FCGA, ces secteurs qui surmontent la crise et démontrent une belle croissance malgré la conjoncture. L’hôtellerie de plein air réalise une montée en puissance de son chiffre d’affaires qui progresse de + 9,4 % en 2009. De même, peut-être sous l’effet des politiques de reconquête du centre-ville, la poissonnerie artisanale arrive en deuxième place des secteurs ayant enregistré une amélioration de leur chiffre d’affaires (+ 3 %), devançant même selon la FCGA tous les autres métiers de bouche. Selon les experts de la FCGA, cette poussée d’activité est un signe fort d’un regain du commerce alimentaire de proximité et du commerce de détail.

Télécharger le numéro spécial de l’Observatoire de la Petite Entreprise, FCGA-Banque Populaire, n° 36, avril 2010, 4 p., ainsi que le communiqué de presse du 15 avril 2010, sur le site de la FCGA.

Le dynamisme de l'artisanat en Meurthe-et-Moselle : bilan sur trois ans

Grâce à la participation exceptionnelle des dirigeants d’entreprises artisanales à son enquête tri-annuelle, la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Meurthe-et-Moselle a obtenu des résultats que l’on peut qualifier de « très représentatifs » des préoccupations et attentes du secteur artisanal dans son ensemble.

Plus de 66 % des 8 600 entreprises artisanales ayant reçu le questionnaire ont répondu aux 34 questions posées par la Chambre des Métiers.

60 % des entreprises se considèrent affectées par la crise, notamment au regard de l’état de leur marché et de leurs finances, et parmi elles plus de 67 % des entreprises ayant une activité de production. L’enquête confirme cependant le rôle moteur des entreprises artisanales pour l’ensemble de l’économie départementale : en situation de crise, l’Artisanat contribue à ralentir la chute de l’activité ou à accélérer sa remontée.

Il convient de noter également que les entreprises rencontrent de plus en plus d’obstacles à l’embauche des apprentis. Parmi les premiers obstacles cités : la charge financière, le comportement jugé difficile et le niveau scolaire insuffisant.

Même si, par rapport à 2006, les entreprises artisanales ont réduit en 2009 leurs projets de développement de leur activité, probablement sous l’effet de la crise, leurs perspectives sont restées dynamiques. On observe même une progression de leurs préoccupations dans deux domaines : la prise en compte de l’environnement et l’engagement dans une démarche de certification.

Télécharger les résultats de l’enquête « L’artisanat plus que jamais, première entreprise du département », Hommes & Métiers, n° 241, février 2010, 3 p., sur le site de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Meurthe-et-Moselle.
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Entreprendre

Primo-créateurs ou multi-créateurs : les entrepreneurs de l'artisanat

Selon les statistiques de l’Insee (SINE 2006 – traitement APCE), environ un tiers des créations d’entreprises relèvent du secteur artisanal. Les résultats de l'enquête SINE 2006 mettent en évidence les profils des dirigeants et les spécificités de ces entreprises.

Ces profils et spécificités ne sont pas forcément identiques, selon que le porteur de projet est un « primo-créateur », qui crée une entreprise artisanale pour la première fois, ou un « multi-créateur », qui a déjà créé ou repris au moins une entreprise dans le passé et qui a pour projet d’en créer une nouvelle. Parmi les multi-créateurs, il est nécessaire d’opérer une distinction supplémentaire entre ceux qui ont déjà créé, puis cessé leur activité ou revendu par le passé, et ceux qui sont à la tête de plusieurs entreprises en même temps. Le multi-créateur peut ainsi diriger plusieurs structures, ou créer une nouvelle entreprise après avoir revendu la précédente et transité (ou non) par une période de salariat.

Les multi-créateurs représentent un quart de l’ensemble des créateurs d’entreprises, tous secteurs confondus, une proportion identique parmi les entrepreneurs de l’artisanat. Parmi ces derniers, 11 % étaient déjà dirigeants d’une entreprise au moment de leur installation et 4 % sont à la tête de plusieurs entreprises.

De par leur expérience, les multi-créateurs sont plus nombreux à vouloir développer leur entreprise en termes d’emploi ou d’investissements que les primo-créateurs. Le taux d’employeurs est également plus élevé parmi les multi-créateurs que parmi les primo-créateurs. S’ils ont souvent des projets ambitieux, ils sont cependant moins nombreux que ces derniers à avoir recours à un organisme de soutien ou à un conseil extérieur (18 % contre 36 %). L’Agence pour la Création d’entreprise analyse et explique cette différence de comportement en se référant au poids de l’expérience des multi-créateurs, qui se sentent plus en confiance que les primo-créateurs pour se lancer seul dans la création d’entreprise. Par ailleurs, « l’ambition du projet et le désir de développement de l’entreprise sont accentués » quand le créateur a déjà été et est toujours dirigeant d’autres entreprises. On note également l’immatriculation fréquente des entreprises sous forme de sociétés (56 %, contre 45 % pour les primo-créateurs) et un montant plus important de capitaux initiaux.

Financement : quels besoins pour les jeunes entreprises artisanales?

Des premiers travaux menés en région Rhône-Alpes sur le financement des entreprises artisanales, il était ressorti que les entreprises étaient davantage aidées au moment de leur création et qu’il existait finalement peu de dispositifs financiers propres à soutenir les entreprises dans leur phase de primo-développement (hors difficultés).

Afin d’approfondir ce sujet, la Chambre régionale des Métiers et de l’Artisanat de Rhône-Alpes a conduit une étude ayant pour objectif d’analyser les conditions et facilités d’accès aux financements proposées aux jeunes entreprises artisanales, nouvellement créées ou reprises.

En s’appuyant sur les études existantes, l’étude a permis de repérer, dans un premier temps, les difficultés financières des jeunes entreprises artisanales et leurs besoins en financement. Parmi les difficultés souvent rencontrées, la taille réduite de l’entreprise à ses débuts peut être un handicap à la gestion financière au quotidien et à la négociation commerciale. La très petite entreprise sera davantage exposée aux risques et touchée plus rapidement que les grandes par les aléas de la conjoncture économique et financière. Cette fragilité de l’entreprise artisanale, qui implique des risques réels ou supposés pour les parties prenantes, tend à expliquer, tout du moins partiellement, la difficulté de l’entreprise à accéder aux crédits bancaires qui, d’après les chiffres avancés par les études précédentes, représentent « 61 % des montants initiaux réunis pour réaliser un projet ».

Les auteurs de l’étude ont recensé l’ensemble des dispositifs (financement, garantie ou caution) auxquels les entreprises artisanales régionales pouvaient avoir recours pour le renforcement de leurs fonds propres, leurs investissements matériels, leur dette à moyen long terme ou leurs besoins de financement à court terme (BFR, stocks, trésorerie). Une fois ce travail effectué, il a été clairement établi que les dispositifs de financement publics et les dispositifs d’intérêt général couvraient essentiellement les besoins en renforcement des fonds propres, et moins les besoins à moyen ou long terme. Si les dispositifs de garantie semblent mieux suivre l’ensemble du cycle de vie de l’entreprise, ils sont en revanche moins connus des structures d’accompagnement, donc des chefs d’entreprises artisanales. Enfin, l’essentiel des financements et garanties restent conditionnés à l’obtention d’un prêt bancaire.

Selon les consultants chargés de l’étude, il s’agirait à la fois de « mieux financer en amont les nouvelles entreprises créées ou reprises » en valorisant l’accompagnement ante-création, et de « développer l’offre de financement du primo-développement ». Ainsi, le rôle des Chambres de Métiers et de l’Artisanat s’avère déterminant dans l’obtention de financements adaptés aux besoins des jeunes entreprises en collaboration avec les organismes financeurs. A titre expérimental, un dispositif intégré d’accompagnement et de financement sera organisé dans deux ou trois départements de la région Rhône-Alpes. Les Chambres de Métiers et de l’Artisanat assureront l’accompagnement des entreprises et le réseau France Initiative Réseau (FIR) ou des banques assureront le financement de leurs projets de développement. Les interventions des partenaires seront formalisées dans un protocole commun comprenant des outils d’échange d’informations et des indicateurs d’évaluation partagées. Ils s’engageront sur des objectifs en termes de suivi et de financement des nouvelles entreprises.

Consulter le rapport final et ses annexes: « Etude sur le besoin en financement des entreprises artisanales nouvellement créées ou reprises dans le cadre de leurs premiers développements », CRMA Rhône-Alpes/ cabinet Argo & Siloe, 2009-2010, 59 p. (et 12 p. d’annexes). Etude disponible auprès de la Chambre régionale des Métiers et de l’Artisanat de Rhône-Alpes.

L'attrait de la création d'entreprise chez les jeunes actifs et les étudiants

Menée auprès de plus de 1 000 personnes âgées de moins de 30 ans, une enquête Opinion Way datée de décembre 2009 révèle l’intérêt des jeunes pour l’entrepreneuriat.

Ils seraient 47 % à envisager de créer leur propre entreprise. 13 % des 18-29 ans souhaiteraient même la créer dans les deux années à venir, soit « 1,2 million de Français à court-terme ».

L'entreprise idéale, selon les 18-29 ans, est une PME qui "porte les valeurs d'innovation et d'esprit d'équipe" et "respecte l'équilibre entre la vie professionnelle et personnelle". L'APCE confirme que l'envie d’entreprendre chez les jeunes est étroitement liée à l’importance de la culture économique et entrepreneuriale, acquise pour 33 % d’entre eux par une expérience directe avec un parent proche entrepreneur. La culture entrepreneuriale comme facteur déclenchant de l’envie d’entreprendre s’explique également à 22 % par une expérience associative significative ou par la participation à des séminaires et/ou colloques sur le thème de la création d’entreprise durant leurs études (pour 21 % d’entre eux). En revanche, seuls 35 % des jeunes ayant l’intention d’entreprendre juge que la très petite entreprise est la taille idéale pour entreprendre, ou ont tout du moins conscience qu’une structure de moins de 10 salariés est un cadre raisonnable pour démarrer une activité. Les chiffres montrent pourtant que la création d’entreprises se fait quasi-exclusivement dans le cadre d’une TPE. Ceci montre une dichotomie importante entre les réalités entrepreneuriales et l’image que les jeunes en ont.

Si nombre de jeunes ont été sensibilisés à la création d’entreprise, par leur formation initiale ou leurs expériences de stages -1 jeune sur 2 a suivi des cours de gestion, et moins d’un tiers des cours sur la création d’entreprise -, il semble que les formations ne sont pas encore suffisamment incitatives. Selon Opinion Way, les étudiants sont moitié moins nombreux que les chômeurs d’une part, que les travailleurs d’autre part, à vouloir créer leur entreprise. Beaucoup (31 % des étudiants, 37 % des actifs) considèrent comme trop élevée la prise de risque que nécessite un tel projet.

L’Université de Grenoble a également souhaité connaître plus en détail les motivations et attitudes des étudiants vis-à-vis de la création d’entreprise. Pour cela, des universitaires ont testé sur 655 étudiants grenoblois un modèle de « théorie du comportement planifié », afin de parvenir à élaborer de nouveaux contenus de formation, mieux adaptés et susceptibles d’amener les étudiants à la création d’entreprises. Selon la théorie du comportement planifié, l’intention d’entreprendre dépend de trois éléments : de « l’attrait perçu de la création d’entreprise », du « degré d’incitation à entreprendre perçu dans l’environnement social » et de « la confiance qu’a l’individu en sa capacité de mener à bien le processus entrepreneurial ». Les résultats obtenus font apparaître des perspectives meilleures que ceux de l’enquête d’Opinion Way. 61 % des étudiants trouvent attractive l’idée de monter son entreprise. 46 % s’en estiment capables. Ils ne sont que 29 % dans l’enquête d’Opinion Way.

Selon les trois universitaires auteurs de l’article, il faut noter que l’intention d’entreprendre n’est pas la même, selon que « l’étudiant est proche ou éloigné dans le temps d’une entrée sur le marché du travail ».

Plus il s’approche de la sortie de ses études, plus l’étudiant prendra en considération les difficultés et risques accompagnant la création d’entreprise. Un autre élément important à prendre en compte est la double dimension de faisabilité et de désirabilité associée par l’étudiant à l’acte d’entreprendre : ainsi, « l’attrait et la capacité sont les seules variables explicatives de l’intention ».

Sur le même sujet :Télécharger la synthèse de l’étude sur le comportement entrepreneurial des étudiants, réalisée par Jean-Pierre Boissin, Barthélémy Chollet et Sandrine Emin, juin 2004, 14 pages, sur le site de la Maison de l’Entrepreneuriat.

Une première étude avait été réalisée en 2004 par la Maison de l’Entrepreneuriat à Grenoble et le Centre d’études et de recherches appliquées à la gestion (CERAG), pour connaître les motivations des étudiants envers l’entrepreneuriat. Réalisée auprès de 823 étudiants, cette enquête montrait déjà que plus de 60 % des étudiants étaient attirés par la création d’entreprises. Et les étudiants sont nombreux (plus de 75 %) à plébisciter l’inscription d’une formation, optionnelle, à la création d’entreprise dans les cursus universitaires.

Vers un nouveau modèle de la TPE?

En s’appuyant sur les données statistiques établies par la Fédération des centres de gestion agréés (FCGA) entre 1993 et 2008, le service Etudes, Veille & Prospective de la Banque Populaire a mis en évidence une transformation du modèle économique de la TPE. Les données fiscales par métier ont permis au service d’analyser à la fois les évolutions de taille et croissance des entreprises, les évolutions de charges et les résultats obtenus.

L’une des principales conclusions de l’étude est « le triomphe de la micro-entreprise », « micro-entreprise » étant ici entendu en termes de taille et non de statut fiscal : les TPE ont perdu un quart de leur effectif moyen depuis 2001.

Evolution du nombre de salariés dans l'Artisanat

Selon l'enquête réalisée par la Chambre des Métiers et de l'Artisanat de Meurthe-et-Moselle, le nombre moyen de salariés par entreprise a augmenté ces 15 dernières années. Les entreprises artisanales ont, contrairement aux autres TPE du commerce et des services, gagné un salarié en moyenne entre 2000 et 2009. On observe donc une évolution contraire propre aux entreprises artisanales.

Cette évolution est confirmée par les Chiffres clés de l'Artisanat : en moyenne, entre 1991 et 2007, l'effectif moyen par entreprise est passé de 2 à 3,7 salariés (4 à 4,8 dans les entreprises employeuses).

CMA Meurthe-et-Moselle : Enquête "L'artisanat, plus que jamais, première entreprise du département", février 2010

DGCIS : Chiffres clés de l'Artisanat, éditions 1991 et 2007.

Cette chute est particulièrement vertigineuse (- 1 salarié en moyenne) dans les secteurs du bâtiment, des transports, de l’esthétique et des services. Cette taille réduite vers laquelle tend la TPE renforce d’autant plus la croissance de l’entreprise en termes réels et par actif. En effet, si le chiffre d’affaires moyen par TPE depuis 2001 a baissé de 12 % en euros constants, cette baisse mise en rapport avec la baisse du nombre des effectifs s’est traduite par une augmentation du chiffre d’affaires par actif entre 2001 et 2008 (+ 33 % dans le bâtiment, + 22 % dans le secteur auto-moto).

Selon les analystes de la Banque Populaire, « la montée des charges externes traduit le changement des modes d’exploitation des TPE ». Progressivement, en 15 ans, de nouveaux postes de dépenses ont surgi, liés notamment à l’utilisation des TIC, à la croissance des « consommations contraintes » de loyer, énergie (etc.) et au développement de nouvelles pratiques professionnelles, publicitaires et autres. Même si le nombre moyen de salariés par TPE a diminué, les charges par salarié ont crû de 55 % entre 2001 et 2008. Le service Etudes de la Banque Populaire explique la forte variation constatée en 2006 par la mise en place du statut du conjoint, devenu dans la plupart des cas, salarié de l’entreprise.

Quant aux résultats des très petites entreprises, la rentabilité a été préservée. On observe notamment un gain de 3,5 points de marge de manœuvre sur les résultats financiers, sous l’effet de différents facteurs : « baisse record des frais financiers », réduction des dotations aux amortissements et aux provisions.

Le modèle de la TPE s’est adapté aux évolutions économiques et sociales de ces quinze dernières années. En réorganisant leurs choix de vie, les dirigeants d’entreprises cotisent davantage pour mieux se protéger et mieux protéger leurs conjoints. Cependant, les marges de manœuvre financière semblent avoir atteint leurs limites, selon les experts de la Banque Populaire. Il faudra alors vérifier quels modes d’adaptation emploieront à l’avenir les très petites entreprises.

Télécharger les résultats de l’étude « Un nouveau modèle de TPE », 15 avril 2010, 11 p., Banque Populaire, sur le site de la Fédération des centres de gestion agréés.

Télécharger les résultats de l’enquête « L’artisanat plus que jamais, première entreprise du département », Hommes & Métiers, n° 241, février 2010, 3 p., sur le site de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Meurthe-et-Moselle.

Consulter les Chiffres Clés de l’Artisanat (édition 1991 et 2007) publiés par la DGCIS.
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Emploi et formation

Transition professionnelle, transmission et évolution des qualifications professionnelles liées aux métiers de l'artisanat

Face à la question cruciale de la transmission de l’entreprise artisanale, et devant la polémique suscitée par la création du statut de l’auto-entrepreneur, un groupe de travail s’est réuni, à la demande du Secrétaire d’Etat au Commerce et à l’Artisanat, sous la supervision de la Présidente de l’Institut Supérieur des Métiers, Mme Anne de Blignières-Légeraud. Ce groupe a tenté de mesurer l’évolution des qualifications professionnelles liées aux métiers de l’artisanat, et d’évaluer les actions à engager « en matière de formation et de qualification pour garantir l’avenir des métiers et des entreprises du secteur de l’Artisanat ».

Le groupe, composé de représentants et d’experts de l’Artisanat et de la formation professionnelle, s’est ainsi prononcé sur l’adéquation entre l’offre des organismes de formation et les besoins des entreprises artisanales. L’évolution du secteur, lié aux quatre enjeux principaux que sont l’enjeu démographique, l’enjeu économique, l’enjeu de compétitivité et l’enjeu représenté par les « nouveaux entrants » de l’artisanat, pousse à s’interroger sur les limites de la législation en matière de réglementation des activités. Le groupe s’est déclaré satisfait de certaines pratiques actuelles. L’entrée dans la profession artisanale par le CAP, diplôme de niveau V, ne semble pas devoir être remise en question. De même, le principe de co-construction des diplômes, par les Commissions professionnelles consultatives (CPC) et les partenaires sociaux, permet de garantir la cohérence des qualifications proposées. En revanche, il semblerait nécessaire de revoir la politique d’évaluation des acquis.

Parmi les préoccupations des experts, la profusion de certifications existantes et une « appréhension différente » par métier « des réalités professionnelles et des compétences requises » renforcent la nécessité de construire un référentiel commun autour de la notion de compétence. L’approche transversale de la compétence, au-delà de la singularité des métiers, mettrait « l’accent sur une conception dynamique de la compétence, qui invite à un recentrage sur les processus d’apprentissage de la personne plutôt que sur les contenus d’apprentissage »*. Une fois le référentiel commun élaboré, il s’agirait d’axer les processus d’orientation des élèves en fonction de cette notion de compétence, et non plus en fonction des situations d’échec scolaire, dans l’urgence d’une réorientation.

Télécharger le rapport du Groupe de travail sur l’évolution des qualifications professionnelles liées aux métiers de l’artisanat, Anne de Blignières-Légeraud, Georges Asseraf, Jean-Patrick Farrugia et Bernard Legendre, 10 juin 2009, 47 p., sur le site www.actualite-de-la-formation.fr.

* Télécharger la communication de Mohamed Bayad et Lucette Collet : « La professionnalisation et la démarche de référencement des compétences en gestion et managériales du chef d’entreprise artisanale », mai 2009, 4e Rencontre nationale du Réseau Artisanat-Université®, sur le site de l’Institut Supérieur des Métiers.
Sur le même sujet :Lire l’article d’Aline Scouarnec : La prospective des métiers au service des transitions professionnelles : d’une logique du subir à une logique du choisir, Education permanente, n°181/2009-4, p.35 - 45

Dans le dernier numéro d’Education Permanente, Aline Scouarnec, Professeur des universités à l’IAE de Caen, souligne également la nécessité de développer à la fois une prospective des métiers et une prospective des talents. En tentant de modéliser la « gestion des ressources humaines pour les organisations de demain », l’auteur de l’article met en évidence trois modèles – modèle de l’opportunité, modèle de la fusion et modèle de la vulnérabilité, entre logique du choisir et logique du subir. Pour Aline Scouarnec, la prospective des métiers et la prospective de soi (que l’individu soit toujours en projet et connaisse ses talents) est un préalable nécessaire à une meilleure transition professionnelle.

L'artisanat, grand pourvoyeur d'emplois

Afin de mesurer le poids du secteur artisanal dans l’emploi régional, la Chambre régionale des Métiers et de l’Artisanat de Rhône-Alpes a lancé en mai et juin 2009 une enquête auprès de 10 000 entreprises artisanales employeuses, avec un taux de retour appréciable puisque plus de 2 000 d’entre elles ont répondu au questionnaire. Plus de 10 % de la population active ayant un emploi dans la région relèvent du secteur de l’artisanat. On compte notamment 262 000 salariés, apprentissage inclus. Les services de l’Unedic évaluent ainsi la part de l’emploi artisanal en région à 15 % du total des emplois privés en Rhône-Alpes. Toutes les entreprises ne sont pas pourvoyeuses d’emplois, mais la moitié environ emploient des salariés, soit 52 000 entreprises en 2008, la majorité dans les départements du Rhône (23 %) et de l’Isère (19 %). Le bâtiment reste le secteur le plus offrant, avec 37 % des entreprises employeuses, devant le

Implication des conjoints de dirigeants dans l'activité (secteur alimentaire)

La gestion familiale des entreprises reste importante dans le secteur de l'artisanat et du commerce alimentaire de proximité (entreprises employeuses ou non) : 42 % des conjoints de dirigeants y sont impliqués.

ISM : Les jeunes entreprises de l'artisanat et du commerce alimentaire de proximité, Etude publiée en décembre 2009, 104 p. *
secteur des services (29 %). Les premiers résultats de l’enquête ont confirmé les données recueillies dans une précédente étude de la CRMA, fin 2008 : la plupart des porteurs de projet créent leur entreprise plutôt qu’ils n’en reprennent. Dans les entreprises employeuses, la participation du conjoint à l’activité de l’entreprise demeure importante, surtout dans le secteur de l’alimentation (81 %) et dans le bâtiment (56 %). On note que lorsque l’entreprise dépasse le seuil des 5 salariés, la participation du conjoint chute (-13 points dans les entreprises de 10 salariés et plus).

L’un des objectifs de l’étude était l’analyse de l’effectif salarié : hors dirigeant, conjoint ou intérimaires, 51 % des entreprises artisanales employeuses de Rhône-Alpes emploient entre 1 et 3 salariés. 7 % n’en emploieraient aucun. Les salariés sont pour la plupart jeunes : 46 % ont entre 26 et 45 ans, 31 % ont moins de 26 ans. La pyramide des âges « laisse entrevoir un intéressant taux de renouvellement du secteur », d’autant plus que ces emplois sont relativement stables et durables, la majorité des contrats étant des contrats à durée indéterminée (78 % des contrats). Si la majorité des salariés sont des ouvriers, le nombre d’ouvriers qualifiés et d’employés varie selon le type d’activité de l’entreprise employeuse. Par exemple, le secteur alimentaire emploie davantage d’employés que d’ouvriers qualifiés. Quant aux cadres, ils sont surtout présents dans les entreprises employant plus de 6 salariés. Il ne faut pas oublier non plus, qu’au vu de la petite taille des entreprises, les salariés remplissent en général plusieurs fonctions et sont obligés d’être plus ou moins polyvalents. Les perspectives d’emploi du secteur artisanal sont en demi-teinte selon les secteurs. Les métiers de la production notamment sont appelés à souffrir des licenciements économiques et départs à la retraite. Cependant, la Chambre régionale des Métiers note également ce qui ressemblerait à un solde positif de créations d’emplois : 46 % des entreprises ayant recruté au cours des 12 derniers mois recruteraient à nouveau cette année.

Télécharger les résultats de l’enquête Emploi 2009 « Panorama de l’Artisanat Rhône-Alpes – L’Emploi dans les Entreprises Artisanales », septembre 2009, 8 p., ainsi que la synthèse de ces résultats, 2 p., sur le site de la Chambre régionale des Métiers et de l’Artisanat de Rhône-Alpes.

*Commander l’étude « Les jeunes entreprises de l’artisanat et du commerce alimentaire de proximité », décembre 2009, 104 p., sur le site de l’Institut Supérieur des Métiers.
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Innovation et compétitivité

Innovation et croissance verte, ou comment le secteur du bâtiment s'adapte aux exigences de performance énergétique

Selon une étude menée par l’Ademe en 2009, le développement des énergies renouvelables est incontestable. Le potentiel de ce marché en croissance continue est particulièrement perceptible dans les scénarios établis pour l’amélioration de l’efficacité énergétique (résidentiel et transport). L’Ademe chiffre le marché du bâtiment à basse consommation (résidentiel uniquement) à près de 22 milliards d’euros en 2012, contre 9 000 en 2006. Les interventions sur le bâti restent cependant superficielles si le secteur veut atteindre les objectifs fixés par le Grenelle de l’Environnement, qui établit que 400 000 rénovations lourdes annuelles doivent être menées à partir de 2013. Le marché dans son ensemble, transport compris, serait lui de plus de 60 milliards d’euros en 2012, les experts prévoyant ainsi le double de ce que le marché intérieur et les exportations avaient rapporté en 2006.

Atteindre les objectifs du Grenelle impliquerait cependant pour le secteur du bâtiment d’opérer une véritable révolution culturelle, en portant l’effort sur trois domaines ainsi édictés par les rapporteurs parlementaires s’étant penchés sur la question de la performance énergétique : un effort de conception initiale, un effort de précision de production par différents changements liés à l’étalonnage et aux moyens de production, enfin un effort de performance. Selon les rapporteurs, les artisans du bâtiment vont devoir s’aligner sur les qualités déjà requises pour le secteur industriel : « maîtrise des technologies, soin dans la mise en œuvre, capacité à travailler avec d’autres corps de métiers ». Ces qualités et exigences nouvelles tendraient à faire des hommes de métier davantage des experts que des exécutants.

Cependant, comme le soulignent également les rapporteurs, la mise en place de normes ne signifie malheureusement pas le respect stricto sensu de ces normes : « si le respect de la norme repose sur le maître d’ouvrage, il faut qu’il dispose lui-même du pouvoir de la faire respecter », ce qui n’est pas toujours le cas d’un particulier aisément désarmé face à un professionnel peu scrupuleux.

Dans sa quête de la performance énergétique, l’artisan, à la fois soutenu dans son approche par une multitude de labels et de formations, doit montrer plus que jamais sa capacité d’adaptation, ici face à l’imposition de normes nouvelles et à l’obligation également nouvelle de résultats.

Télécharger le rapport parlementaire sur « La performance énergétique des bâtiments : comment moduler la règle pour mieux atteindre les objectifs », Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, décembre 2009, 89 p., sur le site de l'OPECST.

Télécharger les résultats d’une étude de l’Ademe : « Maîtrise de l’énergie et développement des énergies renouvelables : un marché en croissance continue malgré la crise économique », Ademe & Vous – Stratégies et études, n° 22, décembre 2009, 8 p., sur le site de l'Ademe.

Télécharger l’article : « Isolation thermique par l’extérieur », L’Entrepreneur, n° 237, mars 2009, 2 p., sur le site Bâtiproduits.

Changements dans les entreprises et dans l'artisanat

Depuis la thèse de Bernard Zarca en 1983, aucun travail d’envergure sur l’artisanat en tant que groupe n’avait été mené par un chercheur en sociologie. Une nouvelle thèse aborde aujourd’hui les dynamiques de changement dans les entreprises artisanales.

Sous la direction de Sylvain Maresca, Professeur en sociologie à l’Université de Nantes, Caroline Mazaud fait paraître une thèse magistrale sur les renouvellements et transformations de l’artisanat français. Réalisée avec le concours de la Chambre régionale de Métiers et de l’Artisanat des Pays-de-la-Loire, la Chambre de métiers de Loire-Atlantique et l’Union Professionnelle Artisanale Régionale, cette thèse révèle une diversification radicale des métiers de l’artisanat, sous toutes leurs formes, qu’il s’agisse du métier en tant que tel, des pratiques professionnelles, des savoirs utiles et mobilisés et des voies d’accès au statut d’artisan.

Dans les années 1980, Bernard Zarca présentait la structure de l’artisanat selon deux axes d’évolution : - un axe « capital économique », où le chercheur relevait les mutations en cours : de l’artisanat traditionnel populaire à l’artisanat traditionnel transmis de père en fils, et de l’artisanat de promotion ouvrière à l’artisanat d’installation, - un axe « qualification artisanale », où était mis en avant le passage de l’apprentissage à la filière scolaire technique.

Caroline Mazaud s’est appuyée à la fois sur les données du Répertoire informatique des métiers (RIM) et sur des entretiens qualitatifs auprès de 89 dirigeants d’entreprises « entrants » (immatriculés depuis 2002) et « sortants » (dirigeants ayant 50 ans et plus) pour proposer un nouveau modèle rendant compte des transformations intervenues dans le secteur de l’artisanat au cours de ces vingt dernières années.

Selon la chercheuse, les artisans aujourd’hui auraient l’un ou l’autre des quatre profils suivants : homme de métier entrepreneurial, homme de métier traditionnel, chef d’entreprise et néo-artisan.

Les hommes de métier, de profil traditionnel ou entrepreneurial, ont développé leurs savoir-faire par le cumul d’expériences professionnelles. Les gestionnaires, chef d’entreprise et néo-artisan, ont acquis des compétences en gestion tout au long de leur formation et sont entrés dans le monde de l’artisanat sans maîtriser de métier ou de savoir-faire artisanal. Ce sont ceux que Caroline Mazaud désigne par le terme de « reconvertis ».

La diversification des profils d’artisans entraîne immanquablement un bouleversement en profondeur des modes de fonctionnement de l’entreprise artisanale. Les chefs d’entreprises accordent aujourd’hui moins de temps à la production, au profit de la gestion de l’entreprise. Cette tendance est surtout prégnante dans les entreprises dont les effectifs augmentent sensiblement.

Selon C.Mazaud, « plus du tiers des artisans de 50 ans et plus interrogés durant l’enquête sont des hommes de métier entrepreneuriaux », qui n’hésitent pas à déléguer entièrement les tâches de production aux ouvriers qualifiés. L’organisation de l’entreprise se transforme avec l’introduction d’échelons intermédiaires entre ouvriers et patrons : le rôle du chef d’équipe, chef d’atelier ou de chantier, est alors de représenter le chef d’entreprise auprès de ses salariés.

C.Mazaud constate par ailleurs une modification du management, notamment du management du personnel : le chef d’entreprise, passant d’une logique métier à un « esprit client », encourage aujourd’hui le développement des compétences commerciales de ses salariés.

Télécharger la thèse de Caroline Mazaud : « Entre le métier et l’entreprise – Renouvellement et transformations de l’artisanat français », sous la direction de Sylvain Maresca, professeur en sociologie de l’Université de Nantes, 2009, 343 p.
Sur le même sujet :Télécharger l’étude : La dynamique du changement dans les TPE », L’Observatoire de la Petite Entreprise, FCGA, numéro 35, 3e trimestre 2009, janvier 2010, 4 p.

La Fédération des Centres de gestion agréés (FCGA) s’est également penchée sur les facteurs de changements dans les très petites entreprises. Une étude publiée en janvier 2010 relève ainsi des changements importants dans la composition de la clientèle et dans l’activité des très petites entreprises. Celle-ci se trouve modifiée de façon significative dans 40 % environ des entreprises interrogées. Une proportion similaire de chefs d’entreprises constate une diversification des profils de leurs clients. Les facteurs de ces changements sont nombreux : conjoncture économique, pression de la concurrence, situation financière de l’entreprise. Pour autant, et contrairement à Caroline Mazaud, l’étude de la FCGA ne note que peu ou pas de changements au vu de la conduite des équipes, du mode de management ou de la politique sociale.
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Développement territorial

"L'artisanat et l'économie de proximité, accélérateurs de croissance"

L’évolution des comportements de consommation entraîne une modification de la tendance qui plaçait les hypermarchés et autres commerces de périphérie en concurrents directs des économies de proximité. Aujourd’hui, selon Philippe Moati, auteur d’un rapport sur l’économie de proximité, « le commerce massif qui vise le consommateur moyen se heurte à la complexification de la demande ». Les chefs d’entreprises artisanales, acteurs, comme les commerçants, de l’offre de proximité, ont déjà commencé à percevoir et capter cette clientèle de plus en plus exigeante et diverse, qui réclame des produits et services personnalisés et adaptés à leurs besoins. L’artisanat et le commerce de proximité incarnent ainsi « un nouvel idéal, de réassurance, de permanence, d’authenticité, de lien social et de temps long ». Du point de vue d’Hassan Zaoual, professeur d’économie à l’Université du Littoral Côte d’Opale, cette amorce d’un processus de relocalisation est l’expression ou la réaction du terrain face à l’effondrement de la globalisation financière. L’artisanat joue dans cette période de crise un rôle de régulateur, endossant ainsi une responsabilité sociale que n’ont pas forcément les autres secteurs de l’économie.

Un rapport du Centre d’Analyse Stratégique (CAS), daté de décembre 2009, prend acte des mutations de la société et de l’économie, tout en venant nuancer l’optimisme affiché par certains. Dans son avant-propos, René Sève, directeur du CAS, reprend ces prévisions : « Dans l’avenir, les vrais besoins d’une société de consommation(s) responsable(s) ne seraient satisfaits que par des productions de proximité, dans un nouveau localisme, qui démarchandiserait en partie les relations entre personnes voire entre peuples ». Le Centre d’Analyse Stratégique rappelle cependant que « cette économie ne saurait s’abstraire des critères de compétitivité de l’offre ni de la logique de spécialisation et d’économies d’échelle ». En ce sens, pour être réellement compétitif, l’artisanat de proximité doit donc savoir innover dans ses modes d’organisation et ses progrès techniques.

Lire la brochure de l’Union Professionnelle Artisanale : « Energies pour sortir de la crise », Etats Généraux de l’économie de proximité, Union Professionnelle Artisanale, 22 octobre 2009, 35 p.

Télécharger le rapport « Sortie de crise : vers l’émergence de nouveaux modèles de croissance », Centre d’Analyse Stratégique, n° 22, décembre 2009, 227 p. (notamment chapitre 7), sur le site de la Documentation française.
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Secteurs d'activité

Les artisans et leurs motivations pour l'export

L’artisanat est rarement perçu comme un secteur exportateur. Pourtant, selon des données de 2002, provenant d’une étude conjointe de la DGCIS et d’Ubifrance, et reprises par l’APCM en 2007, 6 % des entreprises artisanales exportent, avec un chiffre d’affaire total à l’export de plus de six milliards d’euros par an. Par ailleurs, 50 000 emplois dans l’artisanat relèveraient d’un développement de l’entreprise à l’export.

Si l’on prend l’exemple de la région Nord-Pas de Calais, où une importante enquête a été menée par la Chambre régionale des Métiers et de l’Artisanat auprès de 300 chefs d’entreprises artisanales régionales, les tentations sont grandes pour certains artisans de se lancer à l’export.

14 % des artisans interrogés se situent parmi les « connaisseurs » et les « indépendants », largement engagés dans l’export. 20 % peuvent être classés parmi les « novices ». Sans s’être encore lancés dans l’export, ils y sont ouverts et se disent prêts à tenter l’aventure à condition d’être bien accompagnés. Enfin, 40 % des artisans se rangent parmi les « expectatifs » : ni réfractaires, ni complètement enthousiastes quand on leur parle d’export, ces dirigeants d’entreprises sont « en veille passive » et remettent à plus tard tout projet d’export pour consolider en priorité leur activité et leur entreprise.

Lire l’article « Les activités export du réseau des chambres de métiers et de l’artisanat », APCM, in : Télex Métiers, août 2009, n° 187, 3 pages.

Lire la Lettre du réseau export Artisans-TPE, DGCIS-Ubifrance, juillet 2005, n° 57.

Télécharger l’enquête de la Chambre régionale des Métiers et de l’Artisanat du Nord-Pas de Calais : « Les artisans du Nord-Pas de Calais et l’export », juin 2009, 4 pages, sur le site de la CRMA Nord-Pas de Calais
 
Ét@pe est une publication trimestrelle et gratuite de l'Institut Supérieur des Métiers, enregistrée sous le numéro ISSN 2105-0473
Directeur de publication Alexis Govciyan / Rédactrice en chef Catherine Elie / Chargée de rédaction Sophie Botha