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Centre de documentation de l'Artisanat

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LETTRE N° 14 [Mai - 2015]

Éditorial

En cette année d’échéances électorales particulièrement complexes à mettre en œuvre dans le cadre de la réforme territoriale et dans la perspective des élections du réseau des Chambres de métiers et de l’artisanat en 2016, l’Institut Supérieur des Métiers est d’autant plus engagé à faire mieux connaître l’artisanat et la petite entreprise aux élus des collectivités territoriales. La fusion des régions administratives, la redistribution des compétences, entraînent de nouveaux paramétrages pour les actions et les relations des élus de l’artisanat en lien avec leurs collectivités. Outre un programme de formation ad hoc mis en place pour les élus des régions, des départements et des intercommunalités, l’ISM poursuit sa mission visant à diffuser les connaissances sur l’artisanat et la petite entreprise.

Et@pe participe à ce projet en s’adressant à l’ensemble des décideurs concernés par l’artisanat. Cet éditorial permet de rappeler où trouver les ressources disponibles sur le secteur.

Régulièrement mis à jour sur le site www.infometiers.org, l’inventaire des publications sur l’artisanat et la petite entreprise présente par domaine l’essentiel des études institutionnelles, des articles scientifiques, des communications et des thèses parus entre 2010 et 2015. L’espace de veille de l’ISM recense également l’ensemble des actualités ayant trait à l’artisanat et à la petite entreprise. Grâce à Et@pe enfin, tous ceux qui le souhaitent peuvent s’informer des dernières parutions sur le secteur.

Ce mois-ci, Et@pe a choisi de mettre en lumière dans son dossier thématique le premier Tableau de Bord national sur l’apprentissage dans l’artisanat. Ce Tableau de Bord, réalisé par l’ISM avec le soutien de Mme Carole Delga, Ministre de l’Artisanat, et en étroite collaboration avec l’Assemblée Permanente des Chambres de Métiers et de l’Artisanat et l’Union Professionnelle Artisanale, fera l’objet d’une mise à jour annuelle. Il confirme la forte implication des entreprises artisanales dans l’effort d’apprentissage et permet de caractériser l’apprentissage artisanal tout en mettant en relief les différents leviers susceptibles de le développer :
- élargissement du champ de prospection des entreprises employeuses d’apprentis ;
- élargissement de l’offre de formation à de nouveaux secteurs d’activité ;
- promotion de passerelles et de troncs communs ;
- mise en œuvre d’une carte régionale des formations par apprentissage pour les petits effectifs.

Parmi les autres ouvrages à signaler et dont Et@pe présente une brève synthèse, je citerais l’étude de la Confédération Nationale de l’Artisanat des Métiers de Service et de Fabrication (CNAMS), ainsi que le travail collectif mené sous la direction de René Kahn, Jean-Michel Kosianski, Roseline Le Squere et Philippe Blanchet, qui aborde de façon détaillée le rôle et la place des métiers d’art dans le développement des territoires.

Alexis GOVCIYAN
Directeur de l’ISM
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Les apprentis des TPE artisanales : leurs profils, leurs parcours de formation, leur première embauche

Afin de pallier l’absence de suivi statistique sur l’apprentissage artisanal, l’Institut Supérieur des Métiers s’est vu confier la mission d’élaborer un Tableau de bord à partir des données disponibles auprès de la Direction de l’Evaluation, de la Prospective et de la Performance (DEPP), à savoir les données du Système d’Information sur la Formation des Apprentis (SIFA) et les données de l’enquête Insertion Professionnelle des Apprentis (IPA). L’analyse de ces données a permis de caractériser le poids de l’artisanat dans l’apprentissage. Ainsi, les TPE artisanales emploient et forment 167 000 apprentis, soit 38 % du total des apprentis en formation en 2012-2013. L’artisanat maintient donc un poids élevé dans l’effort d’apprentissage, au-delà de son poids dans l’emploi salarié marchand qui est de 10 %.

L’emploi d’apprentis est plus ou moins développé selon les activités : les trois quarts des apprentis employés en TPE artisanales le sont dans 15 activités (sur les 327 activités relevant de l’artisanat). Les principales activités employeuses d’apprentis sont les métiers de bouche (les TPE de boulangerie, premier secteur employeur, forment 24 300 apprentis, la boucherie 4 400, la pâtisserie 3 300), les activités du bâtiment (8 activités regroupent 57 800 apprentis) et quelques activités de service comme la coiffure (20 000 apprentis), les soins de beauté (3 700) la réparation automobile (10 800) et la fleuristerie (4 100). La propension à former des apprentis est la plus élevée dans les métiers de bouche : plus d’une entreprise sur deux y accueille des apprentis. Ce taux est de « une entreprise sur sept » dans les secteurs du BTP.
L’apprentissage est moins répandu dans les activités de fabrication, sauf pour ce qui concerne la fabrication de meubles et la prothèse dentaire. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation : beaucoup de ces activités sont à faible effectif ; l’emploi y est tendanciellement en baisse depuis 2000, ce qui rend probablement ces métiers moins attractifs. L’absence d’offre de formation est une autre piste : à titre d’exemple, les CFA des métiers couvrent peu les spécialités du travail des métaux (près de 23 000 TPE artisanales et 110 000 emplois salariés, mais seulement 4 200 apprentis).

Concernant le profil des apprentis employés dans les entreprises artisanales, on remarque que le choix des métiers reste encore largement sexué. Toutefois, les femmes apprenties sont de plus en plus nombreuses dans certains métiers occupés jusque-là plutôt par des hommes : par exemple, en pâtisserie (les femmes représentent un quart des apprentis en CAP Pâtisserie) et en peinture-application de revêtement (500 apprenties préparent le CAP, soit 10 % des effectifs). Près de la moitié des apprentis sont mineurs. En effet, les diplômes préparés restent majoritairement de niveau V : les deux tiers des apprentis sont inscrits en niveau V (contre 44 % de l’ensemble des apprentis). Préparé par 60 % des apprentis de TPE artisanales, le CAP reste le principal diplôme d’accès aux métiers. Le bac professionnel n’est promu que dans un nombre restreint d’activités. Enfin, 7 % des apprentis de TPE artisanales préparent un diplôme de l’enseignement supérieur, principalement un BTS.

La formation par apprentissage favorise l’accès à l’emploi des jeunes : 56 % des apprentis de l’artisanat sortis du système scolaire en 2012 étaient en emploi dans les sept mois. Le taux d’accès à l’emploi augmente avec le niveau de diplôme (55 % pour les jeunes détenant un CAP, 76 % pour un Bac Professionnel et 80 % pour un Brevet Professionnel. Enfin, dans un cas sur deux, ces sortants ont été embauchés par les entreprises artisanales qui les ont formés.

Cette étude offre également quelques enseignements sur le développement de l’apprentissage artisanal en France. Le principal déterminant du nombre d’apprentis est la structure d’emploi des entreprises artisanales : plus la taille moyenne des entreprises est élevée, plus le nombre d’apprentis régional est important. Ainsi, les TPE artisanales des régions de Haute-Normandie, Pays de la Loire, Franche-Comté qui ont la propension la plus élevée à former des apprentis (avec des taux respectifs de 27 %, 26 % et 24 % contre 16 % en moyenne nationale) ont le nombre moyen d’emplois salariés par entreprise le plus élevé de France. Les TPE des régions du sud (Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Provence-Alpes Côte d’Azur) ont une propension moins forte à former des apprentis (comprise entre 12 % et 13 %). Le taux le plus faible est constaté en Ile-de-France.

Le déploiement de l’apprentissage dépend donc de la capacité des TPE à structurer leurs emplois. Depuis 2010, le nombre d’entreprises artisanales employeuses baisse, alors que celui des entreprises sans salarié explose (notamment les entrepreneurs en régime microsocial et fiscal).

L’impact de l’offre est aussi visible à travers la répartition des apprentis par niveau en régions : la part d’apprentis de TPE artisanales préparant un diplôme de niveau V varie de 68 % en Languedoc-Roussillon, Aquitaine, Champagne-Ardenne et Bourgogne à moins de 60 % en Pays de la Loire, Nord-Pas de Calais et Ile-de-France. On constate également un écart régional important entre la part d’apprentis préparant un diplôme de l’enseignement supérieur en Basse-Normandie (2 %) et en Nord-Pas de Calais (7 %), Poitou-Charentes (8 %), Ile-de-France (10 %) et les régions de l’Est (8 à 10 % en Alsace, Lorraine et Franche-Comté).

L’étude propose enfin des pistes pour déployer l’apprentissage :
– élargissement du champ de prospection des entreprises employeuses d’apprentis : la formation d’apprentis augmentant avec la taille des entreprises artisanales, les entreprises de plus de trois salariés constituent certainement des prospects à privilégier ;
– élargissement de l’offre de formation à de nouveaux secteurs d’activité : l’apprentissage artisanal reste concentré sur 15 secteurs, cela constituant un frein au déploiement du nombre d’apprentis. Il conviendrait d’étudier l’opportunité d’élargir l’offre de formations et la prospection vers des secteurs moins impliqués dans l’apprentissage comme les services de nettoyage, le travail des métaux ou l’imprimerie ;
– renforcement de l’offre de formation aux niveaux IV et III ;
– promotion des passerelles et des troncs communs : les diplômes actuels sont très axés sur des métiers spécifiques alors que les activités ont tendance à se diversifier (un boulanger fait souvent aussi de la pâtisserie et a une activité traiteur) ;
– mise en œuvre d’une carte régionale des formations par apprentissage pour les petits effectifs (notamment dans les activités de production) : plus de 150 activités emploient moins de 100 apprentis au plan national. L’étude d’une offre régionale, voire interrégionale, pourrait permettre de préserver l’existence de sections d’apprentissage pour ces activités.

Commander le Tableau de Bord de l’apprentissage artisanal, décembre 2014, 104 p., en ligne sur le site de l’Institut Supérieur des Métiers.
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Conjoncture

Défaillances en 2014 pour les TPE de 1 à 2 salariés, sans amélioration au 1er trimestre 2015

Les PME ont mieux résisté à la morosité économique en 2014 qu’en 2013 : le nombre d’entreprises déposant le bilan est au plus bas depuis 2008 pour ces structures. En revanche, les défaillances de TPE employant 1 à 2 salariés ont augmenté: + 18 % au printemps 2014, + 30 % durant l’été et + 22 % au dernier trimestre 2014.

Les micro-entreprises sans salarié enregistrent, comme les PME, un recul du nombre de dépôts de bilan. Elles connaissent parallèlement une augmentation de leurs sauvegardes (+ 30 % en fin d’année). Comme les micro-entreprises et les PME, les TPE de 3 à 9 salariés connaissent une baisse des défaillances, bien que dans une moindre mesure (-5,5 % sur un an).

Le cabinet Altares observe, dans certains secteurs, des améliorations des niveaux de défaillance, par exemple dans l’imprimerie (118 imprimeurs ont connu un redressement ou une liquidation judiciaire en 2014, contre 177 en 2013), le transport de voyageurs par taxi (- 9 %) ou la coiffure (- 14 % sur le quatrième trimestre). D’autres secteurs au contraire ont leurs indicateurs dans le rouge : le commerce et la réparation de véhicules (+2 %), la restauration (+ 5 %), etc. Le secteur du bâtiment, qui concentre un quart des défaillances en France, connaît peu d’évolution ou de timides améliorations dans ce domaine, à l’exception des travaux d’isolation, de terrassement, de revêtement des sols et des murs, ou bien des charpentes, fortement touchés tout au long de l’année, et notamment au quatrième trimestre (de +21% à + 44 %).

Le premier trimestre 2015 affiche une nouvelle dégradation avec une augmentation de plus de 7 % des défaillances par rapport au premier trimestre 2014. Altares signale que les TPE de moins de 10 salariés représentent à elles seules les deux tiers des sinistres.

Un début d'année difficile pour l'artisanat du bâtiment, selon la Capeb

L’artisanat du bâtiment a subi un plus fort recul de son activité sur le quatrième trimestre que sur l’ensemble de l’année 2014. Au premier trimestre 2015, ce recul se poursuit, principalement sous l’effet d’une chute prolongée de la construction neuve, à son plus bas niveau depuis 5 ans.

L’ensemble des métiers du bâtiment et des régions est affecté. La baisse des dotations de l’Etat aux collectivités locales se ressent dans la diminution des sollicitations faites par celles-ci auprès des entreprises artisanales du bâtiment. La Capeb fait cependant état de certains signes encourageants pour une future reprise, comme la hausse d’activité dans les travaux de performance énergétique (+ 0,5 % après deux trimestres de recul), la baisse des taux d’intérêt et les plans de relance pour le logement.

Les ventes et cessions de fonds de commerce en 2014: leurs valeurs, leurs repreneurs

Les transactions liées au rachat des fonds de commerce sont plus faibles en 2014 qu’en 2013, tant en volume qu’en valeur. Cependant, si le nombre de transactions chutent à moins de 44 000 (niveau de 2009), la valeur moyenne d’un fonds continue de s’établir à un prix élevé (189 000 euros). Ce prix peut néanmoins varier du simple au quintuple en fonction du chiffre d’affaires réalisé par le cédant. Le prix varie également selon les régions. En Lorraine, en Franche-Comté, et au sud de la Loire, il s’établit à moins de 160 000 € (voire à 135 000 € en Auvergne).

La restauration traditionnelle, la restauration rapide et les débits de boissons attirent un repreneur sur quatre. Ce top 3 est complété par les activités de boulangerie-pâtisserie et de coiffure (respectivement 4 % et 3 % du total des reprises effectuées en 2014).

La moitié des repreneurs n’ont pas de salarié : pour ceux-là, la reprise représente donc un véritable projet de création d’entreprise. Globalement, l’essentiel des entreprises reprises (85 %) ont moins de 10 salariés.

Plus de la moitié des reprises sont le fait de SARL, peu à peu talonnées par d’autres formes de société (SA ou SAS). Si le nombre des repreneurs diminue, le taux de survie des entreprises créées par reprise s’établit à près de 88 % (pour rappel, l’Insee observait un taux de survie de 51,5 % pour les entreprises créées en 2006).

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Entreprendre

Etude empirique sur le partage de la vision du dirigeant dans le secteur de la coiffure

A partir d’un travail mené en partenariat avec la Chambre de métiers et de l’Artisanat de la Meuse, et avec le concours de 12 dirigeants de salons de coiffure et de leurs salariés, les universitaires Paul Couteret et Mohamed Bayad ont tenté de déterminer les conditions permettant au dirigeant de TPE de partager sa vision d’entreprise avec ses salariés. Quatre leviers facilitateurs de ce partage ont été identifiés : la qualité du travail en équipe, la reconnaissance individuelle, l’organisation de l’activité, ainsi que la qualité de l’espace de travail et la santé au travail. Regroupant ces quatre leviers en trois axes, les universitaires proposent un modèle de diffusion de la vision stratégique de l’entrepreneur :
– relation salarié-dirigeant : le premier axe est la capacité du dirigeant à convaincre ses équipes, à instaurer la confiance et à faire partager ses objectifs (leadership) ;
– relation salarié-équipe : le second axe repose sur la congruence de valeurs, le partage d’une culture commune et d’un esprit d’équipe ;
– relation salarié-GRH : le troisième axe est la congruence professionnelle entre la personne et son activité professionnelle.

Lorsque ces conditions sont réunies, l’entreprise est davantage en mesure d’atteindre ses objectifs.

Télécharger l’article de Paul Couteret et Mohamed Bayad : Les conditions du partage de la vision du dirigeant en TPE : une étude empirique, communication lors du 12e Congrès International Francophone en Entrepreneuriat et PME (CIFEPME), octobre 2014, 22 p., en ligne sur le site de l’AIREPME
Sur le même sujet :Grégory Reyes et Laurène Gautier ont étudié les trois variables nécessaires à l’élaboration de la vision stratégique du dirigeant de TPE, en prenant le cas longitudinal d’un maréchal-ferrant. Ces trois variables sont : le marché, les compétences techniques et les compétences managériales.

Télécharger l’article de Grégory Reyes et Laurène Gautier : Le rôle des compétences du dirigeant propriétaire de TPE artisanale sur sa vision stratégique : illustration par une carte cognitive, communication lors du 12e Congrès International Francophone en Entrepreneuriat et PME (CIFEPME), octobre 2014, 19 p., en ligne sur le site de l’AIREPME.
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Management de l'entreprise

Des systèmes d'information "bricolés" dans les entreprises de moins de cinq salariés ?

Les systèmes d’information dans les entreprises de moins de cinq salariés sont souvent contraints par la faiblesse des ressources, la possession ou non en interne de compétences en systèmes d’information, etc.
Pour la plupart, ces entreprises ont recours au bricolage organisationnel défini « comme l’acte de se débrouiller avec ce qui est à portée de main et de combiner avec les moyens du bord les ressources disponibles afin de créer de nouvelles opportunités ».

A partir de 56 entretiens semi-directifs auprès de micro-firmes implantées en Languedoc-Roussillon, Annabelle Jaouen et Walid A.Nakara, enseignants-chercheurs à Montpellier Business School, décrivent ces pratiques de bricolage au sein des micro-firmes, distinguant le bricolage par nécessité et le bricolage stratégique.

Le bricolage par nécessité fait référence à un bricolage provisoire, contraint, tandis que le bricolage stratégique est volontairement utilisé pour créer de la valeur et de nouvelles opportunités. Dans les deux cas cependant, le dirigeant reste « tributaire des ressources (humaines, financières, informationnelles, etc.) dont il dispose ».

Plus précisément, les bricoleurs par nécessité perçoivent les systèmes d’information soit comme une façon de contrôler leur activité (pour se rassurer face aux évolutions de l’environnement), soit comme une contrainte fastidieuse qu’ils réduisent à son plus strict nécessaire.

Les bricoleurs stratégiques utilisent quant à eux spontanément et régulièrement les systèmes d’information, et de façon plus proactive, considèrent ces derniers comme un moyen clé de se différencier de leurs concurrents et d’optimiser l’organisation interne de l’entreprise, ainsi que la gestion des relations avec les clients.

Lire l’article d’Annabelle Jaouen et Walid A. Nakara : Les systèmes d’information en micro-firme : une approche par le bricolage organisationnel, pp. 225-260, Revue Internationale PME, décembre 2014, n ° 4

Communiquer dans les TPE, mode d'emploi

La communication interne dans les organisations varie selon le nombre de salariés et selon la culture d’entreprise voulue par le dirigeant.

Dans les très petites entreprises ou petites entreprises, le système relationnel entre le dirigeant et ses salariés privilégie l’information descendante. Dans plus d’une TPE-PE sur deux, on constate une absence de discussion sur des sujets relevant de la gestion des ressources humaines. Pourtant, d’après des enquêtes citées par Gérard Regnault (OpinionWay, CFDT), trois quart des salariés seraient satisfaits de la qualité du dialogue avec leur patron. Pour Gérard Regnault, cela pourrait signifier que l’attachement à la convivialité des relations prime sur le contenu réel du dialogue. Les entreprises de plus grande taille (plus de 50 salariés) ont recours à d’autres moyens pour améliorer la communication interne : manager de proximité, journal ou bulletin d’information interne, boîte à idées, intranet, réunions avec le personnel, rencontres informelles au détour des bureaux (ce que les Américains appellent le Management By Wandering About – MBWA) ou le principe de la porte ouverte.

Lire la contribution de Gérard Regnault : Les pratiques informelles et formelles de communication interne dans les TPE et les PME, in : Le Grand Livre de l’Economie PME 2015, partie 3, chapitre 2, pp. 411-432

La gestion des ressources humaines dans les entreprises artisanales

La gestion des ressources humaines dans les entreprises artisanales est spécifique à la fois par l’insuffisance, parfois, de formalisme des pratiques, la centralité des décisions et la prégnance de l’affectif. Dans la communication présentée au 12e congrès de l’AIREPME, Stéphanie Loup et Ketty Bravo étudient l’influence de la dimension collective sur ces pratiques de ressources humaines.

A partir d’une enquête qualitative menée auprès de 23 dirigeants d’entreprises, 27 salariés et 8 représentants du réseau des Chambres de Métiers et de l’Artisanat, les deux universitaires montrent comment les institutions de tutelle, garantes de l’identité artisanale, ont identifié « la pénurie de main d’œuvre et le comportement nomade des salariés ». Elles questionnent le rôle des organisations de l’artisanat dans la formalisation d’outils adaptés aux pratiques de GRH des entreprises qu’elles représentent.

Télécharger l’article de Stéphanie Loup et Ketty Bravo : La gestion des ressources humaines dans les entreprises artisanales : entre spécificités et difficultés, communication lors du 12e Congrès International Francophone en Entrepreneuriat et PME (CIFEPME), 29-31 octobre 2014, 17 p., en ligne sur le site de l’AIREPME.

Les pratiques et besoins de financement des Entreprises du Patrimoine Vivant (EPV)

D’après l’enquête de l’Institut Supérieur des Métiers sur les pratiques et besoins de financement de 346 entreprises labellisées Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), une entreprise interrogée sur 3 est fragilisée dans le contexte économique actuel (2 entreprises sur 5 parmi celles ayant moins de 3 salariés). Les marges, le chiffre d’affaires, la trésorerie sont dégradés de plus de 40 %, entraînant une baisse des emplois et des investissements.

Les entreprises concernées par un recul de la rentabilité (43 % des EPV interrogées) avancent comme principaux facteurs la hausse des coûts de production (salaires, matières premières), l’exacerbation de la concurrence et la hausse de la fiscalité. Les 15 % d’EPV ayant au contraire augmenté leurs marges expliquent cette évolution par le positionnement sur des marchés de niche, l’augmentation des prix, la renégociation des produits bruts avec les fournisseurs ou la réduction de leurs effectifs.

Les problèmes de trésorerie sont récurrents pour un tiers des EPV et principalement dus selon les entreprises à une insuffisance de capitaux propres (1 EPV sur 5), une difficulté à autofinancer ses investissements (1 EPV sur 7) ou une difficulté d’accès au crédit (1 EPV sur 10). Les impayés sont réguliers pour 1 EPV sur 4.

Pour autant, 2 EPV sur 3 ont des projets de développement sur deux ans et 80 % des EPV ont investi en matériel ou capital immatériel (innovation, développement commercial). Pour cette raison, les entreprises interrogées manifestent de forts besoins en financement. 46 % ont sollicité au moins un prêt bancaire (c’est deux fois plus que les entreprises artisanales en général).

L'impact de la relation artisan-banquier sur le développement de l'entreprise et l'écosystème entrepreneurial

Dans le cadre d’une étude nationale réalisée par l’Institut Supérieur des Métiers, Isabelle Calmé, de l’IAE de Tours, et Marion Polge, de l’Université Montpellier 1, ont interrogé 12 entreprises artisanales en région Centre et en Languedoc-Roussillon sur leurs pratiques de financement.

Selon les universitaires, les pratiques et besoins de financement des entreprises artisanales sont déterminés par la relation qu’ont les dirigeants avec leurs banquiers. Les stratégies de développement des entreprises dépendraient souvent de leurs stratégies de financement.

La stratégie de développement des entreprises interrogées se décompose en un « développement du potentiel de l’activité » (selon le profil de l’artisan, sa conception du métier et son approche du marché) et en un « développement du potentiel d’appui » (soutiens mobilisés). Il apparaît que la banque, premier soutien lors de la création de l’entreprise, disparaît progressivement en faveur d’autres acteurs, n’apparaissant plus que comme un « simple guichet financier » et un « acteur plutôt exigeant ».

Quant à la stratégie de financement, celle-ci repose sur les sensibilités interpersonnelles entre l’artisan et le banquier, et sur les pratiques techniques (appréciation des ratios de pilotage et choix de financement retenu). Plus la stratégie de croissance de l’entreprise est forte, plus l’entreprise est impliquée dans ses comptes et dans ses relations avec son banquier.

Les universitaires distinguent quatre types de relations avec le banquier :
– un évitement relationnel, qui limite les contacts au strict nécessaire, les deux acteurs jugeant qu’ils ne sont pas du même monde ;
– une relation contractualisée minimaliste, lorsque les échanges sont plus réguliers et que la banque a des priorités locales ;
– une relation contractuelle quand la relation est dépersonnalisée (banque nationale) ;
– une relation personnalisée, lorsque la banque s’inscrit dans une démarche de proximité et que l’artisan fait de son conseiller bancaire un partenaire étroit de son développement.

Télécharger l’article de Marion Polge et Isabelle Calmé : La relation artisan-banquier : une approche de l’écosystème entrepreneurial, communication lors du 12e Congrès International Francophone en Entrepreneuriat et PME (CIFEPME), 29-31 octobre 2014, 23 p., en ligne sur le site de l’AIREPME.

Portrait du conjoint-collaborateur : une étude de l'UPA en Haute-Normandie

Une étude réalisée par le CREFOR et l’UPA de Haute-Normandie, avec le soutien de la Direccte et la Région Haute-Normandie, permet de mieux connaître le profil et les domaines d’intervention de 400 conjoints-collaborateurs.

Tout d’abord, il semble que l’utilisation du statut de conjoint-collaborateur varie beaucoup en fonction du secteur d’activité. Ainsi, bien que les entreprises de l’artisanat alimentaire ne représentent que 13 % des entreprises artisanales de Haute-Normandie, elles regroupent 51 % des conjoints-collaborateurs, dont la moitié en boulangerie-pâtisserie. Le BTP rassemble 27 % des conjoints-collaborateurs (1 sur 5 sont actifs dans les travaux d’installation d’eau et de gaz). Concernant le profil de ces conjoints-collaborateurs, 91 % sont des femmes. L’étude enseigne également que 83 % des entreprises en disposant ont moins de 3 salariés.

Les principales tâches que gèrent ces collaborateurs sont les suivantes : comptabilité-facturation (83% des conjoints-collaborateurs), accueil-relation client (68 %) et activités de vente (66 %). Seuls 25 % interviennent sur les activités de production. Leur rôle est plutôt axé sur les fonctions support et de gestion. L’étude relève quelques spécificités sectorielles, la vente, la logistique et la production étant davantage gérées par les conjoints-collaborateurs de l’alimentation. Ceux du BTP sont principalement occupés par les tâches de comptabilité et de facturation. Ceux des services gèrent plutôt les finances et l’accueil client. Enfin, ceux de la production sont plus souvent amenés à « produire », notamment quand l’entreprise n’a aucun salarié ou que les conjoints-collaborateurs sont des hommes. Le rôle des conjoints-collaborateurs est bien ancré dans l’entreprise : 63 % y travaillent depuis plus de 10 ans et 29 % depuis plus de 20 ans.

En termes de volume de travail, les conjoints de l’alimentation réalisent entre 36 et 70 heures de travail (un tiers déclarent plus de 70 heures de travail). A l’opposé, ceux du BTP sont ceux qui travaillent le moins d’heures : entre 11 et 35 heures (20 % seulement plus de 35 heures). Enfin, très peu de conjoints ont un emploi salarié à côté de leur fonction dans l’entreprise artisanale (7,5 % de l’échantillon).

L’étude complète le portrait du conjoint-collaborateur haut-normand en donnant des indications relatives à sa formation initiale (près de la moitié détiennent un diplôme de niveau V) et continue. Elle relaie également ce que ressentent les conjoints-collaborateurs quant à leur travail dans l’entreprise. Très majoritairement ils ont choisi de travailler avec leur conjoint. Près de la moitié ont quitté un emploi pour cela. Seuls 16,5 % se disent contraints d’exercer cette activité.

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Innovation et compétitivité

Les dirigeants de petites entreprises innovent parfois sans le savoir dans la gestion de leur entreprise

La littérature en sciences de gestion tend à réduire les pratiques de management dans les petites entreprises à un procédé informel et non financier. Cependant, un certain nombre de patrons disent également avoir recours aux références comptables. Ces dirigeants recréeraient donc des systèmes hybrides (informel et formel) de gestion. Selon Philippe Chapellier et Yves Dupuy, les auteurs de l’article, cette pratique de gestion constituerait même le « fondement de la pérennité » des petites entreprises.

Suite à une enquête menée auprès de 113 dirigeants d’entreprises françaises et presque autant de dirigeants tunisiens et syriens, il semble que la majorité des dirigeants de petite entreprise soient capables d’hybrider à la fois leur système d’information et leur système de décision notamment comptables. L’enquête montre une présence généralisée, étendue et diversifiée des bases de données comptables dans les petites entreprises. La base de données n’est plus réduite à la production des seuls documents comptables obligatoires, mais permet des interprétations à la source de nombreuses actions : suivi de l’évolution de la trésorerie, dû fournisseurs et clients, évolution des performances, fixation du prix de vente, choix de maintenir ou non ou sous-traiter son activité, décision d’accroître ou de renouveler son potentiel de production. L’hybridation peut dépendre des caractéristiques de l’entreprise, mais surtout du profil du dirigeant et de la contribution de l’expert-comptable. Elle n’est possible aussi que parce que les données utilisées sont élémentaires et simplifiées, donc adaptables à différents contextes et besoins de l’entreprise.

L’expert-comptable joue un rôle dans l’hybridation du système de décision. Il traduit les données comptables dans un vocabulaire non technique proche des préoccupations quotidiennes du dirigeant, instaurant ainsi une confiance réciproque avec son client pour l’aider à interpréter les informations à sa disposition.

Lire l’article de Philippe Chapellier et Yves Dupuy : Le chef de la petite entreprise, atypique et novateur, pp. 40 -48, in : Dossier « Nouveaux regards sur l’entrepreneuriat », L’Expansion Management Review, décembre 2014, n°155

L'utilisation des nouvelles technologies dans le secteur du bâtiment

959 entreprises artisanales du bâtiment et 684 architectes ont répondu à l’enquête sur l’innovation proposée conjointement par la Confédération de l’Artisanat et des petites entreprises du Bâtiment (Capeb) et le Conseil national de l’ordre des architectes (Cnoa) au cours de l’été 2014.

Cette enquête donne un éclairage sur les pratiques des entreprises artisanales du bâtiment et des architectes en termes de nouvelles technologies. 4 artisans sur 5 utilisent Internet quotidiennement pour leur travail, mais seule la moitié des artisans du bâtiment disposent de leur propre site Internet. Parmi ceux qui en possèdent un, 67 % estiment qu’il leur apporte de nouveaux clients, de temps en temps ou régulièrement. Les achats en ligne de fournitures ou de matériel sont courants ou occasionnels pour plus de la moitié des artisans du bâtiment, qui gagnent ainsi du temps.

En revanche, l’utilisation des réseaux sociaux n’est pas encore véritablement tournée vers l’activité professionnelle pour 78 % des artisans. Les sites de demande de devis ne sont pas non plus plébiscités par les entreprises (13 % y ont recours) principalement pour les raisons suivantes : soit les artisans « n’aiment pas payer sans être sûrs du résultat » (40%), soit ils « estiment ne pas en avoir besoin » (36%), soit ils « pensent que les demandes de devis sont transmises à trop d’artisans à la fois » (29 %), soit ils ont d’autres raisons pour ne pas se satisfaire de ces services.

L’équipement en Smartphones et tablettes tactiles continue d’augmenter. Plus de deux tiers des artisans ont un téléphone avec accès à Internet et 1 artisan sur 5 utilise une tablette dans le cadre de son activité professionnelle.

Pour s’informer sur les produits ou les matériaux, les artisans se tournent d’abord vers les distributeurs et négociants (67%) puis vers les sites d’informations professionnelles (59 %), comme le site Batiactu.

Enfin, concernant les innovations techniques, plus de la moitié des artisans y ont eu recours au cours des 12 derniers mois, principalement par facilité de mise en œuvre. En revanche 10 % seulement utilisent des logiciels de maquette numérique pour modéliser les bâtiments en 3 dimensions (Sketch Up, Auto CAD ou Archi 3D).

Télécharger l’enquête : Artisans, Architectes & Innovation. Enquêtes exclusives CAPEB & CNOA – Batiactu 2014, décembre 2014, 16 p., en ligne sur le site du Conseil National de l’Ordre des Architectes.

E-commerce : les TPE seraient de plus en plus en pointe

3 000 e-commerçants ont été interrogés en décembre 2014 par KPMG pour Oxatis. Le profil de ces e-commerçants est le suivant : 29 % sont des TPE/PME, 25 % sont des commerçants, les autres sont qualifiés de pure player (ne disposant d’aucun magasin physique) ou relèvent d’une profession libérale. La part des TPE/PME progresse parmi les e-commerçants (+ 4 % par rapport à 2013) et 96 % de ces e-commerçants de TPE/PME ont moins de 20 salariés. Selon cette étude, les ventes en ligne augmentent 10 fois plus vite que le commerce traditionnel et représentent 9 % du commerce de détail. Les services aux professionnels entrent en 2014 dans le top 5 des secteurs les plus utilisateurs du e-commerce, aux côtés des domaines maison/jardin, beauté/bien-être, mode et culture/loisirs.

Les principales motivations des professionnels qui se lancent dans le e-commerce sont la recherche de nouveaux clients (50 %) et d’une meilleure visibilité (44 %). Le principal frein est la peur face à la concurrence des autres e-commerçants.

Le e-commerce a un impact sur l’augmentation de la fréquentation et du chiffre d’affaires du magasin physique lorsqu’il y en a un (effet WebToStore). Le e-commerce permet également d’étendre ses marchés hors France : 52 % des e-commerçants vendent à l’international.

Les e-commerçants ont couramment recours aux réseaux sociaux et aux nouvelles technologies en général. Ils sont également en pointe en marketing pour augmenter la prospection et la fidélisation des clients.

Enfin, l’étude affirme que le e-commerce est source d’emplois : 11 000 emplois auraient été créés en 2014 et 30 000 emplois devraient l’être en 2015. La croissance a été plus forte en 2014 que dans les magasins physiques (41 % au lieu de 37 %).

Télécharger l’étude : Le profil du e-commerçant en 2015, spécial TPE/PME, Oxatis-KPMG, 27 janvier 2015, 37 p., en ligne sur le site d’Oxatis.
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Emploi et formation

L'emploi dans les très petites entreprises fin 2013

Les TPE (1 à 9 salariés) emploient 20 % des salariés du secteur concurrentiel. Cependant, fin 2013, plus d’un tiers n’ont qu’un seul salarié. Cette étude de la Dares rend compte à la fois du poids des TPE dans l’emploi mais également de leurs faiblesses : faible nombre de salariés par entreprise, importance du recours au temps partiel et au contrat à durée déterminée. Près de la moitié des TPE comptent au moins un non-salarié. En tout, 630 000 non-salariés travaillent aux côtés des 3 millions de salariés des TPE. Ils sont notamment nombreux dans les secteurs de la construction, du commerce, des transports, de l’hôtellerie-restauration et l’entretien et réparation d’automobiles (68 % des entreprises emploient un non-salarié).

Télécharger l’étude de Ludovic Vincent et David Le Ninivin : L’emploi dans les très petites entreprises fin 2013 – Un tiers des TPE ont un seul salarié, Dares Analyses, décembre 2014, n° 99, 6 p., en ligne sur le site du Ministère du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social.

Le marché de l'emploi artisanal en Haute-Normandie

L’Observatoire régional de l’Artisanat de Haute-Normandie a dressé un portrait des demandeurs d’emploi, des offres proposées et de la correspondance entre l’offre et la demande dans le secteur des métiers au 31 décembre 2013. Partant de l’observation de 103 codes ROME représentant des métiers artisanaux, l’Observatoire constate que près de 19 000 demandeurs d’emploi ont répondu à des offres d’emploi dans le secteur (soit 12 % de l’ensemble des demandeurs d’emploi de la région comptabilisés par Pôle Emploi). 4 demandeurs sur 5 sont des hommes ; la moitié environ a moins de 30 ans. 59 % enfin ont le niveau CAP. Parallèlement à cette demande d’emploi, l’offre comptabilise plus de 6 000 propositions (9 % du total des offres d’emploi enregistrées par Pôle Emploi pour la région). Temps plein et CDI sont en tête des propositions d’emploi.

Concernant la confrontation entre l’offre et la demande, le taux de tension (rapport entre le nombre de demandes et le nombre d’offres d’emploi) est de 3,8 demandes pour une offre. Si l’on analyse le marché de l’emploi sur le plan sectoriel, les principales demandes (62 %) et offres (58 %) ont trait au secteur du bâtiment, et plus particulièrement à la maçonnerie et à l’installation d’équipements sanitaires et thermiques. Le second secteur est celui des services (20 % des demandes et 17 % des offres). L’étude ne donne pas le taux d’offres d’emploi ou de demandes d’emploi satisfaites.

Télécharger l’étude : Le marché de l’emploi dans l’Artisanat haut-normand, CRMA Haute-Normandie, Observatoire régional de l’artisanat de Haute-Normandie et Direccte Haute-Normandie, décembre 2014, 20 p., en ligne sur le site de la CRMA Haute-Normandie

Santé et prévoyance : ce qu'attendent les dirigeants de TPE et les travailleurs indépendants

402 travailleurs indépendants et dirigeants de TPE, dont 40 % d’artisans, ont été interrogés fin 2014 dans le cadre d’une enquête menée par l’Institut CSA pour Metlife.

De plus en plus pessimistes, ces indépendants et dirigeants ont le sentiment que leurs attentes économiques et sociales ne sont pas suffisamment prises en compte par les pouvoirs publics. Une majorité se sent mal protégée face aux risques et aléas professionnels et en cas de départ à la retraite (76 %). Les dirigeants de TPE et travailleurs indépendants utilisent fréquemment les dispositifs de protection (complémentaire santé, contrat de prévoyance) mais les jugent peu adaptés. Sont particulièrement ciblés les contrats de prévoyance en cas de décès, d’arrêt de travail ou d’invalidité. 45 % à 57 % (principalement des indépendants) font peu confiance à ces outils. Les dirigeants et travailleurs enquêtés attendent des montants plus élevés pour leur protection sociale : 290 736 € de capital pour garantir l’avenir de leurs proches en cas de décès, 2 381 € comme montant de rente mensuelle en cas d’invalidité, enfin 135 € d’indemnité journalière en cas d’arrêt de travail.

La majorité des dirigeants s’inquiètent également du degré de protection dont peuvent bénéficier leurs salariés. Deux tiers des personnes enquêtées disent connaître l’Accord national interprofessionnel (ANI) « qui prévoit que l’ensemble des salariés devront avoir accès à une complémentaire santé souscrite par leur entreprise au bénéfice de leurs salariés ».

Un coiffeur par mois en Limousin est déclaré inapte à son travail et perd son emploi

Sous l’impulsion de la Fédération Nationale de la Coiffure du Limousin, une enquête a été menée par Nadine Renaudie, médecin inspecteur du travail de la Direccte, sur l’inaptitude des salariés dans la coiffure. Plusieurs services de santé au travail (plus de 20 médecins) ont été contactés en Corrèze, Haute-Vienne et dans la Creuse. Par ailleurs, Nadine Renaudie s’est également intéressée aux 400 déclarations de maladies professionnelles indemnisables (MPI) (toutes professions confondues) et aux signalements de maladies à caractère professionnel, effectués par les médecins du travail.

La coiffure est l’un des métiers les plus touchés par les déclarations de MPI (9e rang en 2013). 35 inaptitudes au travail ont été prononcées en 2012, 2013 et 2014 par les services de santé au travail concernant des salariés de la coiffure, à raison d’une inaptitude par mois. Près de 40 % des inaptitudes sont dues à des allergies, un tiers à des risques psychosociaux (RPS), enfin le reste des inaptitudes sont le fait de troubles musculo-squelettiques ou d’autres causes (cancer, fibromyalgie, sclérose en plaque, agoraphobie).

L’enquêteur a croisé ces données avec l’âge et le sexe des salariés. Les déclarations concernent 82 % de femmes. La moyenne d’âge varie selon la pathologie signalée, de 19 ans (affections allergiques) à 43 ans (TMS). Les membres touchés par ces pathologies sont principalement les membres supérieurs (épaule, bras, poignet, main, doigts).

Selon les résultats de l’enquête, il y aurait trois fois plus d’inaptitudes dans le secteur de la coiffure en Limousin que dans l’ensemble des activités de la région.

Télécharger l’étude : La santé au travail dans la coiffure : enquête en Limousin, 31 mars 2015, 10 p., en ligne sur le site de la Direccte Limousin.
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Secteurs d'activité

Les céramistes d'art face aux risques : quelle protection sociale ?

A partir d’une enquête menée dans le cadre de sa thèse de sociologie, Flora Bajard s’intéresse à la relation aux risques des céramistes d’art à travers l’étude du Fonds national de solidarité céramique et métiers d’art. Ce dispositif, autrement appelé « Terre de solidarité », repose sur un système corporatiste de solidarité financière. Créé en 2000, sur l’impulsion du Collectif national des Céramistes, il est largement abondé par la chambre syndicale Ateliers d’Arts de France, son principal pourvoyeur.

Ce dispositif a été créé notamment pour pallier l’absence de droit des indépendants à certaines indemnités (chômage, accident du travail, maladie professionnelle). Il permet d’offrir à un individu une aide pour redémarrer ou assurer la pérennité de son activité professionnelle. Il ne se substitue pas aux organismes généraux de protection sociale, mais vient plutôt les compléter.

Ce dispositif offre un temps de réaction rapide (en 24 heures) et traite les dossiers au cas par cas, non de façon systématisée. Il est « totalisant » dans la mesure où il prend en compte une spécificité des professionnels céramistes d’art : l’intrication de leur santé avec celle de leur entreprise, leur environnement familial et existentiel, ce que ne font pas les organismes généraux de protection sociale.

Il transcende également les différences entre statuts, autre caractéristique de la profession (artistes, artisans, professions libérales).

Enfin, il compense certaines formes de non recours au système de protection sociale et la difficulté des professionnels à prendre soin d’eux. En effet, les céramistes d’art hésitent souvent à demander de l’aide, celle de la sécurité sociale ou de la solidarité intra-professionnelle. Pourtant, 48 % des céramistes interrogés par Flora Bajard et exerçant une activité de céramiste à temps plein, ont des revenus inférieurs au SMIC. La viabilité économique de leur entreprise leur permet rarement de prendre des congés et la faiblesse des cotisations repousse l’âge de départ à la retraite. Sur 53 professionnels rencontrés par Flora Bajard, 16 avaient plus de 62 ans. Autonomie, adaptabilité face aux incertitudes, normalisation des difficultés physiques sont autant de freins à la demande d’aide.

Lire la contribution de Flora Bajard : S’assurer contre les risques de la vie : l’initiative des céramistes d’art, in : Le travail indépendant – Statut, activités et santé, sous la direction de Sylvie Célérier, novembre 2014, partie 3, chapitre 2, pp. 181-200, éditions Liaisons.

L'ancrage territorial des entreprises des métiers d'art, un facteur de créativité

Certains travaux opposent aux « industries créatives » innovantes et dynamiques le secteur artisanal considéré comme « archaïque et statique ». Cependant, Jean-Michel Kosianski et Edina Soldo s’inscrivent dans une autre approche pour démontrer que l’artisanat et les métiers d’art peuvent être caractéristiques d’organisations créatives « ancrées » dans leur milieu, et que « organisation créative » n’est pas forcément synonyme d’ « industrie ».

L’intégration ou l’accès à une ressource créative est même selon ces auteurs une condition indispensable au développement et à la pérennisation des entreprises des métiers d’art. L’innovation artisanale est ainsi essentielle comme élément stratégique de différenciation et de singularité de l’entreprise par rapport à ses concurrents. Les entreprises doivent innover et peuvent, pour ce faire, se rapprocher de designers. Les auteurs de l’article dressent une typologie des entreprises des métiers d’art et de leurs dynamiques de créativité. Ils distinguent ainsi :
– « l’artiste de renom », dont les œuvres originales et uniques sont orientées vers l’artiste ;
– le « façonnier » qui produit en petite série pour le marché ;
– « l’artisan d’élite » qui, comme le façonnier, produit pour le marché, mais cible ses réalisations sur des pièces uniques ;
– le « créateur » enfin qui crée des œuvres uniques et dont la réputation est souvent locale, peu orientée vers le marché.

Les métiers d’art sont très liés aux territoires. Kosianski distinguent deux types de pôles métiers d’art :
– les « pôles issus d’une volonté de développement local »
– les « pôles issus de l’histoire d’un territoire ».

L’apparition des « pôles issus d’une volonté de développement local » correspondrait à la résurgence des territoires dans un contexte de mondialisation. Prenant comme exemple la région Provence-Alpes Côte d’Azur, les auteurs citent Aubagne, Moustiers-Sainte-Marie, Salernes, Vallauris, Varages (céramique), Biot (verre).

Les « pôles issus de l’histoire d’un territoire » (la faïence à Giens, Malicorne ou Quimper, la soierie à Tours ou Lyon), plutôt aujourd’hui des systèmes de production localisée (SPL) renvoient à un développement économique plus local, basé sur les ressources du territoire. La concurrence est plus exacerbée dans ces derniers pôles, nuisant à l’effet de synergie propre au développement local. La différenciation des produits y est essentielle. Les auteurs citent en conclusion les entreprises labellisées Entreprise du Patrimoine Vivant comme des exemples d’ « organisations créatives ancrées dans leur milieu ».

Lire l’article de Jean-Michel Kosianski et Edina Soldo : L’organisation créative ancrée dans son milieu : l’exemple des métiers d’art, pp. 221-244, dans la partie 3 de l’ouvrage de René Kahn, Jean-Michel Kosianski, Roseline Le Squere et Philippe Blanchet : Cultures régionales, développement économique. Des ressources territoriales pour les économies régionales, L’Harmattan, novembre 2014, 358 p.

L'apport des artisans d'art à leur territoire

Selon leur localisation (Béarn ou Pays Basque), la vingtaine d’artistes et d’artisans de métiers d’art et métiers rares interrogés par Michelle Bergadaà et Florence Clarac ont une conscience plus ou moins aiguë de contribuer au développement du territoire. Ils ne perçoivent pas non plus de la même façon leur identité territoriale. Certains la perçoivent comme une force, d’autres comme une protection, selon leur degré d’ouverture au tourisme.

De cette étude il apparaît une réelle opposition entre Basques et Béarnais. Les Basques ont une identité forte et pleinement conscience de contribuer au développement du territoire. Ils sont en position d’acteurs, contrairement aux Béarnais, plus attentistes, davantage en attente d’un appui des pouvoirs publics régionaux pour attirer les visiteurs et les clients. Les traditions béarnaises semblent moins fortes sur le plan identitaire que les traditions basques. Afin de développer le tourisme culturel dans ces régions, Michelle Bergadaà et Florence Clarac proposent différentes pistes : la création d’une marque territoriale pour repérer et impulser les projets individuels ou collectifs ; l’organisation d’événements fédérateurs ; l’utilisation plus poussée des nouvelles technologies. Selon la nature de leur statut, et non plus par distinction de territoire, les artistes, artisans et artisans d’art n’ont pas le même rapport à la création. Il s’agit d’une démarche individuelle pour les artistes et les artisans, d’une démarche plus collective pour les artisans d’art. Selon les auteurs, il s’agit de prendre en compte ces différences pour optimiser l’impact de l’artisanat sur le développement touristique des territoires.

Lire l’article de Michelle Bergadaà et Florence Clarac : La contribution perçue des artistes et des artisans d’art à leur territoire, pp. 245-260, dans la partie 3 de l’ouvrage de René Kahn, Jean-Michel Kosianski, Roseline Le Squere et Philippe Blanchet : Cultures régionales, développement économique. Des ressources territoriales pour les économies régionales, L’Harmattan, novembre 2014, 358 p.

L'identité territoriale inscrite dans la pratique des métiers d'art

En interrogeant 92 artisans d’art sur les étapes de leur travail de création et de fabrication, Anne Jourdain a souhaité analyser le lien entre les métiers d’art et l’identité territoriale, et montrer comment celle-ci s’inscrit dans la pratique d’un métier.

A l’origine de la création, la mise en place des routines de métiers accorde au corps une place essentielle. Par l’imitation, puis l’expérience et la répétition du geste, par la transformation même de leur corps (est ici cité l’exemple des tapissières d’ameublement dont les paumes s’élargissent et les cuisses se musclent par la pratique du métier), les artisans intègrent ces routines, qui sont à la fois des ressources et des contraintes pour la création (limites de l’innovation).

Chaque artisan forge son style de production à partir de ces routines. Ce style peut être aussi commun à une région, une époque, une communauté professionnelle, par exemple les souffleurs de verre bullé de Biot en Provence. Le verre bullé est assimilé à un style de production particulier mais également à une identité territoriale. Cette identité territoriale repose sur des lieux de formation communs, des ressources et des contraintes géographiques communes, l’expérimentation d’un même matériau, peut-être local.

Cette identité territoriale peut être utilisée sur un plan stratégique par les élus. Ainsi, les élus de Biot, labellisée Ville et Métiers d’art (VMA) en 1997, forgent leur discours autour du passé, de la tradition artisanale de leur ville et recourent à une communication fournie (fléchage de parcours, plaquettes etc.). Cette utilisation stratégique de leur identité territoriale est parfois mal comprise des artisans qui peuvent avoir le sentiment d’être instrumentalisés. Pourtant les artisans aussi peuvent recourir à l’identité territoriale dans la commercialisation de leur produit (mise en scène de leur atelier-boutique, style de production, etc.).

En définitive, l’identité territoriale est pour Anne Jourdain un « ressort de singularisation marchande et finalement, de développement économique ».

Lire l’article d’Anne Jourdain : Routines de métier et identité territoriale, pp. 277-292, dans la partie 3 de l’ouvrage de René Kahn, Jean-Michel Kosianski, Roseline Le Squere et Philippe Blanchet : Cultures régionales, développement économique. Des ressources territoriales pour les économies régionales, L’Harmattan, novembre 2014, 358 p.

Etat des lieux et perspectives d'évolution pour l'artisanat des services et de la fabrication

Selon les données de la Direction Générale des Entreprises (anciennement DGCIS), le secteur de l’artisanat des services et de la fabrication représentait en 2012 un tiers des entreprises artisanales, soit 400 000 entreprises réparties dans 19 activités.

Afin de mieux suivre leurs évolutions, la Confédération Nationale de l’Artisanat des Métiers des Services et de Fabrication (CNAMS) a choisi de les reclasser en 5 grandes familles :
– les métiers de la conception, de la fabrication et de la réparation ;
– les métiers de la mode et de la beauté ;
– les métiers d’art ;
– les métiers des services et du commerce de proximité ;
– les métiers de l’automobile et du transport.

La relation de ces entreprises à l’emploi est variable selon que ces entreprises relèvent des métiers de la fabrication ou des services. De façon générale, le secteur de la fabrication, suivant en cela la tendance à la désindustrialisation du pays, a perdu 40 000 postes en dix ans. Inversement, avec le développement de la silver economy et des services à la personne, le secteur des services recrute de plus en plus (+ 150 000 postes entre 2000 et 2010).

Au sein du secteur, les professions ont connu des évolutions différentes. En globalité, les métiers des services sont en forte progression par rapport à ceux de la fabrication. Parmi les professions en croissance, on peut citer celles des soins de beauté (+ 98 % d’entreprises entre 2006 et 2012) et celles des services de nettoyage. A l’inverse, les activités de blanchisserie-teinturerie sont en recul (- 9 % entre 2006 et 2012) tout comme celles de l’ameublement (-6 %).

L’étude détaille les principaux indicateurs de chacune des dix-neuf activités (nombre d’entreprises, poids de l’artisanat dans le secteur, croissance du nombre d’entreprises entre 2006 et 2012, densité des entreprises sur le territoire, répartition par tranche d’effectifs salariés).

 
Ét@pe est une publication de l'Institut Supérieur des Métiers, enregistrée sous le numéro ISSN 2105-0473
Directeur de publication Alexis Govciyan / Rédactrice en chef Catherine Elie / Chargée de rédaction Sophie Botha