
Deux ans après le début de la crise, quel bilan tirer du comportement des TPE et de leur capacité de réaction face aux difficultés ?
En juin 2009 déjà, trois universitaires du Réseau Artisanat-Université® de Lorraine étaient intervenus, à la demande de la Chambre régionale des Métiers et de l’Artisanat, auprès des artisans sur le thème : « La crise : quels enjeux et perspectives pour l’artisanat ». Une analyse des risques pour l’artisanat montrait une situation contrastée selon les secteurs et selon le degré de dépendance « à des systèmes clients ou fournisseurs plus ou moins exposés ». Les universitaires distinguaient également deux types de risques : les risques liés au contexte, par exemple la baisse des commandes, et les risques liés aux caractéristiques de l’entreprise artisanale : sa « dimension humaine », « un désir d’indépendance de l’artisan, qui tend à l’isoler » et « une vision autocentrée du métier, qui ne prédispose pas à la diversification ». Deux solutions étaient alors préconisées. La première était de mettre en place des actions pour préserver l’organisation du moment, préserver donc un certain équilibre, selon le leitmotiv : « après la crise, tout va redevenir comme avant ». La seconde solution était au contraire, pour les chefs d’entreprise, de se projeter dans une « logique d’innovation » et de mettre en place des actions pour être prêt à la fin de la crise, selon l’idée que « l’eau sous un pont n’est jamais la même ».
Deux ans après cette première analyse, que constate-t-on ? Comment s’est effectivement déroulée la crise ? Quels ont été les impacts sur les petites entreprises ? Qu’ont choisi ces dernières : « renforcer [leurs] atouts » ou « travailler sur [leurs] faiblesses » ?
Dans sa lettre de mai 2011, l’Observatoire Alptis de la protection sociale produit les résultats d’une étude indépendante, relative à l’impact de la crise financière sur les très petites entreprises.
Après avoir rappelé les origines de la crise, l’auteur de l’étude, Stéphane Rapelli, montre comment les travailleurs indépendants ont souffert du ralentissement de leur activité.
Par exemple, on pourrait penser que la chute des exportations pour l’ensemble des entreprises ne serait ressentie que dans une moindre mesure par les TPE. En effet, les entreprises de moins de 20 salariés ne contribuent qu’à hauteur de 6,4 % à la valeur de l’ensemble des exportations (hors produits agricoles). Mais elles ont été les premières à pâtir de la baisse des commandes en sous-traitance, et ont été également touchées au travers des transports et de la logistique.
En règle générale, S. Rapelli relève tout au long de la crise une forte disparité sectorielle, confirmant ainsi l’hypothèse des universitaires de Lorraine. Cette disparité s’explique par différents facteurs : un carnet de commande rempli juste avant la crise et permettant à l’entreprise de résister encore quelques temps, les aides de l’Etat, la structure des entreprises ou l’accès au crédit.
L’industrie manufacturière a été la première touchée, et assez durement, notamment dans le secteur de la production automobile (chiffre d’affaires de -23,4 %, dès le dernier trimestre 2008) et des biens intermédiaires (-10,4 %). La production de biens de consommation a été moins durement impactée, mais on note des disparités intra-branches. L’écart se creuse entre l’habillement, fortement atteint, et la production de denrées alimentaires, au contraire relativement épargnée par la crise. Il faut noter dans cette dernière branche la présence d’un tiers des TPE, notamment issues de la boulangerie-pâtisserie. La branche du bâtiment, et en particulier le secteur de la maçonnerie, a connu un fort ralentissement de son activité, avec la chute des permis de construire, et ce, malgré le plan de relance et les investissements immobiliers de l’Etat. Enfin, dans le secteur des services marchands, la crise a eu un impact non négligeable sur les services à la personne, dont les activités artisanales comme la coiffure ou la blanchisserie-teinturerie.
La crise a eu pour corollaire un « ajustement des effectifs » au sein des très petites entreprises. Malgré leur taille réduite (plus d’un tiers des TPE ont moins d’un salarié- hors dirigeant), le rôle de ces entreprises sur l’emploi est très important. Mais le licenciement apparaît souvent comme un des rares leviers d’action pour des TPE qui voient augmenter les contraintes liées aux charges d’exploitation. Si les TPE sont généralement porteuses d’emploi, elles ont été, comme le note S. Rapelli, les premières à en détruire dans les activités de fabrication. Cependant, cette mesure est souvent perçue comme « une solution de dernier recours », quand les grandes entreprises industrielles réduisent leurs commandes auprès de leurs sous-traitants. Dans le secteur du commerce et des services, les grandes entreprises ont été bien souvent plus promptes que les TPE à licencier. La masse salariale peut sembler servir de variable d’ajustement dans un contexte tendu, mais il faut noter l’importance des contrats courts dans les TPE. Le non-renouvellement de ces contrats n’équivaut pas véritablement à destruction d’emploi.
La raréfaction de l’offre de crédit a constitué l’une des pierres angulaires de la crise pour les TPE. Traditionnellement difficile, l’accès des TPE au crédit souffre du manque de crédibilité des petites entreprises aux yeux des banquiers, qui surestiment les risques économiques encourus par les TPE et exigent par conséquent des garanties complémentaires. Or, ce rationnement du crédit pourrait expliquer l’augmentation du nombre de défaillances, qui a crû de près de 20 % entre 2007 et 2010.
A la fin de son analyse, S. Rapelli note deux phénomènes a priori curieux : le fait que les défaillances aient moins touché les TPE que les PME, et le boom de la création d’entreprises en pleine crise économique. Mais le recours plus fréquent des PME aux crédits à court terme explique une plus grande tension sur les trésoreries de ces entreprises. Cela permet d’expliquer la différence entre TPE et PME au niveau des défaillances. Quant aux nouvelles installations d’entreprises, elles se sont majoritairement faites sous le statut d’auto-entrepreneur, mais ont été également impulsées par la montée du chômage (création d’emplois indépendants) et peuvent être le signe d’une libération de l’esprit entrepreneurial qui croissait déjà avant la crise, depuis 2002. L’économiste invite cependant à la prudence quant aux analyses avancées pour justifier la hausse des créations d’activités.
La situation économique des TPE s’améliore-t-elle ?
Le Baromètre de l’Ordre des Experts-comptables relève, en avril 2011, que les entreprises sont plus pessimistes sur la situation économique et sociale en France que sur leur propre situation : d’après ce sondage, 29 % des dirigeants de TPE considèrent que celle-ci est « plutôt meilleure » par rapport à la même période l’année précédente. Le baromètre établit également, d’après les réponses des personnes sondées (400 dirigeants de TPE et 400 dirigeants de PME), que, si le carnet de commande recule, la trésorerie progresse chez les TPE.
Cependant, les études et sondages estivaux notent une inquiétude plus marquée des dirigeants quant à leur situation. D’après le sondage de l’IFOP (juillet-août-septembre 2011), après une remontée nette en avril-mai-juin, le moral des dirigeants a baissé à nouveau à l’approche de l’été et du ralentissement d’activité qui y est traditionnellement lié. Les prévisions en termes de vente revues à la baisse, les dirigeants ont anticipé une dégradation de leur trésorerie. Ces inquiétudes ont surtout été palpables dans des secteurs comme le BTP et l’hôtellerie. Par un communiqué de presse paru en juillet sur son site, l’Union Professionnelle Artisanale (UPA) corroborait cette inquiétude des artisans et commerçants de proximité. 17 % auraient constaté une amélioration de leurs comptes, mais 26 % une dégradation.
Pourtant, les sondages sont unanimes sur un point : si les dirigeants de TPE voient leur situation économique stagner, voire se dégrader, il n’en est pas de même pour la croissance de l’emploi, qui connaît une hausse au premier semestre 2011, en dépit des statistiques actuelles du chômage : le baromètre IFOP relève une hausse de 2 % des créations nettes d’emplois au 2e trimestre, et prévoit + 3,5 % d’emplois supplémentaires au 3e trimestre. Dès avril, le baromètre de l’Ordre des experts-comptables affiche des « perspectives d’embauche en nette hausse chez les TPE avec salariés […], de même qu’à long terme chez les TPE sans salarié ». L’UPA souligne également cette progression de l’embauche, ainsi que l’augmentation du recours aux heures supplémentaires, y voyant les signes d’une reprise de l’activité. L’UPA, comme l’IFOP, note que cette hausse des recrutements est notamment perceptible dans le secteur du bâtiment (+ 4,5 % en valeur). Mais la hausse est générale : selon une enquête UPA/I+C, 19 % des artisans auraient accru leurs effectifs au premier semestre 2011.
Quelques difficultés demeurent cependant. En termes d’emploi, les sondés reconnaissent des difficultés de recrutement. Selon 83 % des dirigeants interrogés dans le cadre de l’enquête UPA/I+C, le manque de qualification des candidats est le premier obstacle à l’embauche. Concernant les crédits et cautions, l’IFOP note une baisse des demandes de la part des TPE. Les prévisions de développement moins importantes et les garanties dissuasives exigées par les banques sont sans doute responsables de cette baisse. 20 % des personnes interrogées par l’IFOP ont constaté un durcissement des conditions d’accès au crédit.
Avec plus de 153 000 entreprises, l’artisanat francilien génère à lui seul un chiffre d’affaires de 43 milliards d’euros. Comme partout ailleurs, l’économie d’Ile-de-France a subi la crise, mais la reprise semble s’être amorcée au 2nd semestre 2010.
La note de conjoncture biannuelle de la Chambre régionale de métiers et de l’artisanat (CRMA) d’Ile-de-France, parue en avril 2011, fait cependant état de différences sectorielles. Deux secteurs améliorent sensiblement leur chiffre d’affaires au cours du 1er semestre 2011 : celui de l’alimentation et celui de la fabrication, qui tire notamment parti du redressement de la production industrielle, grâce aux activités de sous-traitance. L’évolution de l’activité dans les secteurs des services et du bâtiment est un peu moins sensible, malgré de bons résultats. La hausse des permis de construire et le retour des commandes privées, qui bénéficie à l’activité d’entretien et de rénovation, expliquent des résultats à la hausse dans le secteur du bâtiment. Quant au secteur des services, l’enquête de la CRMA note que la majorité des entreprises enregistrant de bons résultats relèvent des branches de la coiffure et de la réparation.
Comme les baromètres de l’IFOP et de l’Ordre Supérieur des Experts-Comptables, dont les conclusions sont citées dans l’article précédent, l’enquête de la CRMA Ile-de-France note une persistance des difficultés de recrutement. Cependant, contrairement à ces mêmes baromètres, elle met en évidence non pas une recrudescence, mais un maintien de l’emploi dans la région. 13 % des entreprises (notamment dans le secteur de l’alimentaire) ont embauché, 80 % maintiennent leurs effectifs et 6 % licencient.
Les investissements augmentent : 43 % des entreprises en réalisent dans le secteur de l’alimentaire, 23 % dans le secteur du bâtiment. Ici encore, l’enquête de la CRMA Ile-de-France rejoint les baromètres sur le durcissement des conditions bancaires. La majorité des entreprises ont utilisé leurs fonds propres pour investir. On remarque en effet que celles qui ont eu recours à un crédit bancaire sont moins nombreuses qu’en 2008 : ceci s’explique par les faibles montants investis, mais également par le durcissement des conditions d’accès aux financements bancaires.
Une enquête commanditée par l’Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS), révèle que la préoccupation des dirigeants face aux risques professionnels varie selon les secteurs d’activité et la taille de l’entreprise. En décembre 2010, sur 300 TPE interrogées, « 34 % considèrent que leur activité ne présente pas de risque pour leurs salariés ». La prise de conscience augmente quand on passe le seuil des 10 salariés : seuls 11 % des dirigeants d’entreprise ayant 10 à 50 salariés ne voient aucun risque dans leur entreprise. Plus le chef d’entreprise a de salariés, plus il semble se soucier de la sécurité au sein de son entreprise. Par ailleurs, les chefs d’entreprise du secteur de la construction sont les plus conscients des risques encourus et de l’intérêt des mesures de sécurité (48 %). Il est enfin intéressant de noter que le stress est perçu comme le risque principal par les dirigeants de TPE (12 %). Pour les dirigeants de petite entreprise et ceux de la construction, les risques auxquels ils doivent faire face sont davantage les « chutes » ou « les accidents de la route ». Les conclusions de l’enquête mettent en avant un manque d’information de la part des TPE, qui ne liraient pas assez la documentation des organismes de prévention et celle de leur organisation professionnelle.
La prévention doit également être la priorité selon l’Union européenne, qui s’intéresse aux risques encourus par les PME. On note que seuls 70 % des dirigeants de PME interrogés en France disent qu’il existe dans leur entreprise « une politique documentée, un système de gestion établi ou un plan d’action sur la santé et la sécurité », tandis que cette dynamique est reconnue par 100 % des dirigeants de PME du Royaume-Uni, d’Irlande, d’Espagne et des pays scandinaves. Si les accidents et le stress sont les risques les plus souvent cités par les dirigeants, l’Observatoire européen des risques met également en garde contre l’émergence de risques nouveaux et insiste sur la prévention des salariés âgés.
Contrairement aux idées reçues, les premiers concurrents des artisans et commerçants sont leurs pairs, et non les discounters ou enseignes de la grande distribution. C’est ce que révèle l’enquête menée par la FCGA : plus de 61 % des artisans interrogés partagent cette opinion, ainsi que 49 % des commerçants. Pour rester compétitives et devancer leurs concurrents, les très petites entreprises sont 15 % à se déclarer prêtes à baisser leurs prix, tandis que près de 9 % modifient leur gamme de produits ou de services. Enfin, seuls 7,6 % citent l’innovation commerciale. La même proportion de dirigeants s’attache à développer des actions de modernisation et de communication.
L’enquête de la FCGA démontre par ailleurs que le secteur artisanal a un plus grand dynamisme commercial que le secteur du commerce. Plus d’un artisan sur deux atteste de la stabilité de ses carnets de commande au cours des trois dernières années, alors que ce n’est le cas que d’un commerçant sur quatre. Les carnets de commande (15 % des répondants) et les devis (32 % des répondants) sont même en hausse. Le panier moyen n’a, pour sa part, augmenté que chez 8 % des commerçants. Nasser Negrouche, dirigeant du cabinet Priorité Client, spécialiste marketing des TPE, met néanmoins en garde contre une parfaite symétrie de ces indicateurs, qui « ne sont pas des indicateurs marketing tout à fait comparables ».
Malgré l’exigence croissante des consommateurs, notée par plus de 57 % des dirigeants sondés, ceux-ci remarquent, en proportion égale, la fidélité de leurs clients.
En conclusion, même si, selon N. Negrouche, les enseignes agressives « ne peuvent pas concurrencer les artisans sur le terrain de la personnalisation de l’offre, de la prestation réalisée sur mesure, du service humain associé, du conseil individualisé », les dirigeants d’entreprises artisanales et commerciales ont tout intérêt à développer des actions marketing et ne doivent pas systématiquement recourir à la baisse des prix. Il existe un « énorme besoin de professionnalisation de la fonction commerciale dans les petites entreprises ».
Le développement durable et la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) sont des sujets en vogue, mais sont-ils connus et mis en pratique ?
D’après un sondage de l’Institut CSA réalisé en décembre 2010 auprès de 1 000 foyers, peu de personnes connaissent l’entrepreneuriat social, mais nombreuses sont celles à être séduites par le concept. En effet, 74 % des sondés déclarent être « incités à acheter ou recourir à des services d’une entreprise sociale ». Cet engouement pourrait même susciter des vocations de chefs d’entreprise.
Dans quelle mesure cette attractivité de la RSE est-elle perçue par les dirigeants d’entreprise ? Quelles motivations sont celles des très petites entreprises pour mettre en place des démarches de RSE ? Sont-elles nombreuses à le faire ?
D’après une étude de R. Bazillier et L. Suarez, chercheurs au Laboratoire d’Economie d’Orléans, 89 % des entreprises interrogées disent appliquer la RSE dans leur entreprise, dont 28 % « sans aucun doute ». L’échantillon utilisé pour l’enquête est constitué de 92 PME, dont la moitié ont moins de 20 salariés. La majorité des entreprises qui appliquent la RSE le font dans l’espoir de renforcer l’image positive de l’entreprise. 34 % en revanche s’approprient cette démarche pour renforcer l’adhésion et la motivation des salariés. Les chercheurs notent la double finalité que peut revêtir une action de RSE, à la fois externe et interne. Dans tous les cas, une motivation « instrumentale » anime les acteurs. Il faut noter cependant que les dirigeants n’assument pas ces motivations utilitaristes en tant que telles. Enfin, 32 % des dirigeants sont motivés par des raisons éthiques, et 20 % par « un attachement au développement d’un territoire ». Ceux qui ne veulent pas s’engager dans une démarche de RSE considèrent que leur entreprise n’y trouverait aucun intérêt économique.
Par des tests, R. Bazillier et L. Suarez confirment leur hypothèse initiale : il n’y a pas de différence significative de comportement entre les PME et les TPE. Mais les dirigeants de TPE sont moins au fait des indicateurs et des partenariats institutionnels que les dirigeants de PME. De même, les motivations varient selon la taille de l’entreprise. Les dirigeants de TPE ont davantage de mal à appréhender la valeur stratégique de la responsabilité sociale des entreprises. Ils ne voient pas dans la RSE un moyen d’améliorer leur image. Ils considèrent plutôt qu’elle ne relève pas de l’activité de leur entreprise.
Les économistes établissent également le constat suivant : les entreprises, PME comme TPE, engagent principalement des actions de RSE dans des domaines où les obligations légales sont fortes. Or, d’après la définition de la Commission européenne, « être socialement responsable signifie non seulement satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, mais aller au-delà et investir davantage dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties prenantes ». Une simple mise en conformité avec la loi ne suffit pas à dire d’une entreprise qu’elle est « sociale » ou qu’elle s’engage dans une démarche de RSE.
Enfin, en règle générale, les entrepreneurs n’ont pas encore pleinement conscience des ressources stratégiques que comporte la RSE. Les niveaux de communication et de mesurabilité sont inférieurs au niveau d’engagement. Et quand une action de communication est mise en place, elle vise souvent un usage interne, comme la motivation des salariés.
E.Bonneveux et I.Calmé, également chercheurs en sciences de gestion en Région Centre, à Tours, rendent compte aussi du défaut de vision stratégique des dirigeants. Lors d’une enquête qualitative menée auprès de quatre entreprises du Club des Jeunes Dirigeants (CJD), elles caractérisent le cheminement d’engagement responsable de chacune, ainsi que les mécanismes déclenchés à chaque phase, depuis l’introduction de la démarche auprès de l’entreprise à la mise en œuvre effective de cette démarche au sein de l’entreprise. Une démarche collective peut déclencher une démarche de RSE. Cependant, selon la situation de l’entreprise (démarrage ou difficultés économiques), cette démarche collective contribuera uniquement à faire prendre conscience de l’intérêt de la RSE, à « éveiller » la démarche, sans pour autant qu’une réelle stratégie à long-terme soit décidée. Plusieurs mécanismes d’appropriation sont mobilisés par le dirigeant depuis son premier contact avec la RSE jusqu’à son engagement dans la démarche. La participation à un concours de performance globale peut agir comme un mécanisme pyscho-cognitif (« support d’apprentissage »). Par la suite, le dirigeant choisira ou non d’inscrire l’activité de l’entreprise dans une réelle démarche de responsabilité sociale pour des raisons sociopolitiques : la RSE sera alors vue comme un « outil de valorisation, de rhétorique ou d’influence ».
Selon la loi proxémique, l’homme a tendance à privilégier ce qui est proche plutôt que ce qui est loin de lui. Pour Olivier Torrès, la proxémie imprègne le management des PME, et notamment leurs relations financières. Le dirigeant de petite entreprise entretient la proximité à tous les niveaux. Marchés, recherche d’un repreneur ou de collaborateurs, financement du capital : le dirigeant cherche d’abord dans ses relations proches ou dans son espace proche ce qui pourrait lui convenir. Ainsi, les relations financières du dirigeant de TPE/PME n’échappent pas à cette logique. On retrouve les quatre proxémies définies par l’anthropologue américain Edward T. Hall. La proxémie spatiale se manifeste par le nombre et la dispersion limités des relations bancaires du dirigeant. Le dirigeant a un ou deux interlocuteurs financiers et entretient avec eux des relations « généralistes », d’autant plus qu’il n’a accès qu’à une gamme restreinte de financements. La proxémie patrimoniale s’explique par la très forte centralisation des décisions financières ainsi que la concentration du capital dans les mains d’un seul homme, souvent à la fois décisionnaire et propriétaire. Cette proxémie patrimoniale peut être dangereuse selon Bellentante et Levratto : « cet amalgame financier et humain est un facteur considérable d’accroissement des coûts et de la probabilité de faillite ». La troisième proxémie, la proxémie du système d’information, apparaît dans le poids des réseaux interpersonnels. Même si, comme on l’a vu, les dirigeants ont peu de relations avec leurs banquiers, ces relations sont des relations de qualité. Enfin, le dirigeant de petite entreprise est sensible au court-terme (proxémie temporelle) : il se retrouve d’ailleurs souvent dans des situations de surendettement à court-terme, pour lesquelles il a recours à des crédits de trésorerie et des découverts massifs. D’après le baromètre de la CGPME sur le financement et l’accès au crédit des PME, 33 % ont besoin de financements d’exploitation (trésorerie, escomptes) en juin 2011, 39 % de financements d’investissement.
Les relations financières des PME touchent donc à plusieurs types de proxémie, chacun influençant l’autre. Or, l’évolution actuelle de la banque, qui tend à une distanciation de son management, vient à l’encontre de ces spécificités de la petite entreprise. La rotation rapide des conseillers clientèle déstabilise les chefs d’entreprise, et leur fait perdre leurs repères. Les relations se standardisent, le fonctionnement des banques se hiérarchise davantage. Surtout, des outils de calcul, comme le credit scoring, ou l’automatisation des financements, effacent le recours aux relations interpersonnelles. Pour Olivier Torrès, les PME risquent de se détourner des banques au profit de nouveaux acteurs financiers de proximité, à moins que les banques ne réintègrent dans leur logique de fonctionnement une attention particulière aux effets de proxémie.
La taille réduite des petites entreprises, a fortiori des entreprises artisanales, ne doit pas faire occulter leur importante contribution en termes d’emploi. Comme dans d’autres domaines, les petites entreprises se distinguent ici des grandes par la structure de leur salariat, la stabilité de l’emploi et les conditions d’embauche et de travail. Une lecture croisée de deux études, d’un côté le rapport du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), de l’autre l’étude de Stéphane Michun, du Cereq, sur l’emploi des TPE et des entreprises artisanales en Languedoc-Roussillon, permet d’apporter un éclairage sur le sujet.
Le COE rappelle qu’il existe un million de TPE en France (hors secteur agricole), employant 20 % de l’ensemble des salariés. Sans surprise, les TPE concentrent une bonne partie des salariés du secteur de la construction (34 %) et du secteur des services (45 %), comme la coiffure, la blanchisserie et l’esthétique.
De son côté, dans l’étude réalisée pour l’Observatoire Régional Emploi-Formation (OREF) et pour la CRMA du Languedoc-Roussillon, Stéphane Michun souligne la concentration d’entreprises artisanales dans la région Languedoc-Roussillon et leur contribution en termes d’emploi, supérieures à la moyenne nationale.
Quelle stabilité ?
Les TPE sont plus sensibles à la conjoncture que les entreprises de plus grande taille : en temps de crise, elles sont plus promptes que les autres à réduire leurs effectifs (sauf dans le secteur du commerce et des services, selon S.Rapelli – cf. infra) ; inversement elles sont les premières à embaucher en période de reprise. Ce phénomène est notamment observé auprès des TPE du secteur de la construction. Entre 2004 et 2007, période d’expansion, les TPE de la construction ont créé la moitié des nouveaux emplois de l’époque, « alors qu’elles ne représentent que 36 % des emplois du secteur ». Comme le rappelle S. Michun, les petites entreprises sont aussi en général les plus affectées par les transferts d’emplois interentreprises, les mouvements récurrents de main d’œuvre, effet des « réorganisations internes des entreprises et des externalisations d’activités, notamment tertiaires, vers les petites unités ».
Quelles conditions d’emploi et quelle attractivité ?
Contraints ou volontaires, de nombreux jeunes se forgent une première expérience en petite entreprise : les entreprises de moins de 20 salariés comptent plus de 27 % de jeunes au sein de leur personnel (hors salariés à temps partiel). Ce passage en petite entreprise leur permet d’acquérir des connaissances pratiques qui viennent compléter leur formation initiale et leur de découvrir le monde professionnel.
Concernant la qualité des emplois, les salaires sont plus faibles dans les TPE que dans les grandes entreprises : de 19 % selon le COE, de 26 % selon l’étude de l’Oref. Chacune des deux études explique ce phénomène par les spécificités de l’emploi en TPE. Le COE indique que ces différences de salaires sont surtout dues aux différences d’âge, de qualification et de secteur d’activité. L’emploi en TPE aurait selon le COE les caractéristiques suivantes : « petit effectif, exposition de l’activité à de fortes variations, polyvalence des salariés et du chef d’entreprise, freins à l’embauche, isolement ». S. Michun évoque également une structure salariale particulière en TPE, où la proportion de cadres et non-cadres n’est pas la même qu’en grande entreprise, et où la pyramide des âges et le type de contrats de travail jouent aussi sur l’échelle des salaires.
Si les salaires sont moins élevés dans les TPE que dans les grandes entreprises, si les entreprises artisanales accordent souvent peu d’attention aux ressources humaines et s’inquiètent des questions d’emploi et de formation davantage par nécessité que par choix, certains indicateurs, notamment ceux de Laeken, font cependant des constats en faveur de l’emploi artisanal. Les perspectives de travail y seraient meilleures, les disparités des salaires entre hommes et femmes moins fortes, enfin, les emplois seraient plus accessibles et pérennes.
Après de nombreuses années à tenter de prouver le contraire, la littérature scientifique admet majoritairement que l’innovation dans les très petites entreprises est plutôt organisationnelle que technologique. Pourtant, cette idée fait encore débat dans le secteur de l’agroalimentaire.
Tandis que, pour des chercheurs du centre de recherche de l’INRA à Toulouse, il s’agit de nuancer l’image « low-tech » de ce secteur, d’autres universitaires de l’INRA de Dijon avancent que les entreprises agroalimentaires mobilisent davantage les innovations organisationnelles (60 % entre 2002 et 2004) que les innovations technologiques (40 %).
Au-delà de connaître précisément l’équilibre entre organisationnel et technologique, les chercheurs de l’INRA Dijon s’interrogent : « L’innovation organisationnelle est-elle un préalable à certaines innovations technologiques ou accompagne-t-elle l’innovation technologique ? Par ailleurs, l’innovation technologique influence-t-elle les choix organisationnels ? » L’innovation technologique représente à la fois
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Les relations externes des petites entreprises
Dans quelle mesure la création de liens et de partenariats externes génère-t-elle un ensemble d'évolutions intentionnelles ou non dans l'entreprise?
Les travaux de C.Fourcade et de M.Polge éclairent la dynamique entre relations humaines et démarches innovantes. ISM : Les relations humaines dynamisées par la démarche innovante, Annales du Réseau Artisanat-Université®, 2009-2010
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Auteurs de travaux sur les trajectoires d’innovation des entreprises artisanales, des chercheurs de l’IAE de Nantes poursuivent leurs observations engagées dans le Réseau Artisanat-Université® en s’intéressant à la question suivante : dans quelles conditions les relations de proximité font-elles émerger des innovations ? Pour y répondre, les auteurs de l’article reviennent sur le rôle particulier du dirigeant de petite entreprise. Celui-ci est présenté comme un « artisan médiateur interne-externe », qui, en s’intégrant à des réseaux (non professionnels, professionnels ou interprofessionnels), multiplient les sources d’innovation. En effet, les réseaux stimulent l’innovation en favorisant l’éclosion d’idées nouvelles par les échanges qu’ils suscitent entre les différents acteurs : « Le potentiel innovant est (…) enraciné socialement et dépend des connaissances des autres ». Par son profil et sa double insertion, à la fois « socio-technico-économique » et territoriale, l’artisan est capable de devenir « animateur d’un réseau de proximité ». Pour autant, les chercheurs rappellent que certaines conditions préalables sont requises pour susciter et mener à bien une innovation. L’entreprise doit à la fois avoir une activité routinière (fondée sur le savoir-faire interne) et disposer d’une excellence technique. L’artisan qui a une « capacité d’absorption », à savoir la « capacité à identifier, assimiler et valoriser les connaissances acquises à l’extérieur », est alors « intégrateur de connaissances dans l’entreprise », voire « gatekeeper » : il surveille son environnement et traduit l’information qu’il reçoit en innovation concrète pour l’entreprise. Les chercheurs attribuent au dirigeant une lourde responsabilité : si, selon eux, l’innovation est impulsée par un management où les niveaux hiérarchiques disparaissent devant la recherche d’une idée nouvelle, il n’en reste pas moins que l’artisan, à la fois dirigeant et producteur, est le mieux placé pour penser et concevoir l’innovation.
Il ne semble pas cependant qu’il soit possible de relever des régularités ou des constantes dans les trajectoires d’innovation. L’innovation naît plutôt de la situation suivante : l’artisan sait s’emparer, dans son environnement, d’une opportunité. Le seul invariant clairement cité par les chercheurs est la « polyvalence » du chef d’entreprise et de ses salariés, permettant à l’artisan de « sortir de l’entreprise » à la recherche d’idées nouvelles.
La plupart des entreprises qui choisissent de s’implanter en milieu rural, doivent intégrer dans leurs projets une logique de proximité, de réseau, et multiplier les contacts privés et publics pour assurer leur développement sur un territoire à la fois nouveau et réputé moins dynamique que les périphéries urbaines.
Deux chercheurs et enseignants du groupe ESC, A.Asselineau et C. Cromarias, ont enquêté auprès du dirigeant d’un laboratoire pharmaceutique, installé dans l’Allier dès le début de son activité, pour des « raisons affectives ». Le cas de ce dirigeant permet d’illustrer comment la proximité peut être transformée par l’entrepreneur en véritable outil stratégique : la proximité ici n’est pas innée, mais construite « ex nihilo » par les acteurs en présence. L’étude de cas relate comment le Parc Naturopôle Nutrition Santé, labellisé Pôle d’Excellence Rurale en 2006, s’est formé sous la seule impulsion d’un homme, qui a réussi à trouver des soutiens à la fois publics (avec des partenaires institutionnels) et privés (avec d’autres entreprises) pour créer une zone d’activités dédiée au domaine de l’alimentation santé et cosmétique, en milieu rural.
Dans un territoire « présentant a priori une faible attractivité économique », se crée un « microcluster spontané (…) constitué d’entreprises complémentaires et non concurrentes, sur le principe de savoir-faire communs mutualisés [et offrant] une solution globale ». En convainquant ses collaborateurs et fournisseurs (des entreprises de 2 à 20 salariés) de venir s’installer auprès de son entreprise, le dirigeant du laboratoire crée une « chaîne de valeur » : les entreprises mutualisent l’activité de recherche et développement, les ressources humaines. La logistique est simplifiée et la filière d’approvisionnement entièrement maîtrisée.
Ce cas illustre l’évolution générale observée par les chercheurs dans les rapports entre entreprise et territoire : d’une « stratégie de localisation, où le choix du territoire n’est que la résultante d’un calcul économique, et où il est donc considéré comme simple « réceptacle » d’activités », on passe « à une stratégie d’ancrage territoriale, dans laquelle les intérêts des différents intervenants (pouvoirs publics locaux, individus et entreprise) convergent ». Reprenant la définition des chercheurs Pecqueur et Zimmermann (2004), les auteurs de l’article confirment ainsi que la proximité doit être vue comme « la capacité d’acteurs proches géographiquement à se coordonner ».
Cependant, l’économie de proximité a longtemps été considérée comme un handicap pour le développement de l’activité entrepreneuriale. Lors du 10e CIFEPME (Congrès international francophone sur l’Entrepreneuriat et les PME), les chercheurs S. Reboud et M. Truche revisitent cette idée. Selon eux, le modèle de l’entreprise de terroir (notamment pour les entreprises bénéficiant d’une appellation d’origine contrôlée), est un « modèle contraint et clos, dont les ressorts essentiels sont endogènes ». Les auteurs de la communication s’appuient sur l’étude d’un cas d’entreprise : l’entreprise, qui emploie 70 salariés, est confrontée à un essoufflement de sa croissance. Pour en connaître les causes et tenter de retrouver un nouveau dynamisme, le dirigeant d’entreprise fait appel aux services des universitaires. Selon ceux-ci, l’essoufflement de la croissance est lié au modèle économique de l’entreprise. Les auteurs reprennent, non pour la réfuter, mais pour l’abonder, la dichotomie entre tradition et innovation : l’inscription de l’entreprise dans l’authenticité l’enfermerait dans un schéma de production contraint, imposant à la structure de sacrifier toute idée d’innovation pour répondre aux attentes d’une clientèle habituée à des produits bien particuliers. Le positionnement imposerait à l’entreprise de respecter un cahier des charges pour se mettre « en conformité avec les prescriptions de l’appellation et les caractéristiques associées par les consommateurs à l’image qu’ils ont du produit ». Le seul avantage que les chercheurs reconnaissent à l’entreprise de terroir est un avantage marketing, avec un bémol cependant : les entreprises doivent trouver les moyens financiers de communiquer. Pour les auteurs de l’article, seuls trois facteurs clés de succès leur semblent pouvoir être « au fondement d’un avantage concurrentiel conciliant tradition et innovation » : la maîtrise du « savoir-faire technique pour assurer la conformité du produit au cahier des charges », une « capacité de gestion en réseau pour s’approprier le territoire tout en limitant [sa] dépendance à l’égard de ses partenaires et concurrents », enfin « l’identification et le conditionnement du produit » pour l’aspect marketing.
Les TPE et PME sont dynamiques à l’export, notamment sur les marchés de l’Union européenne : pour 59 % des entreprises qui exportent, les exportations représentent plus de 25 % de leur chiffre d’affaires et, selon 87 % des répondants, il faudrait que cette part augmente.
Le nouveau baromètre UPS/CGPME interroge ainsi 400 TPE et PME, dont l’activité à l’export représente au moins 5 % de leur chiffre d’affaires et qui exportent depuis au moins 1 an. Les résultats marquent clairement les pratiques et attentes des dirigeants d’entreprise en termes d’export.
Les marchés de l’Union européenne sont la cible privilégiée des exportateurs, notamment des petites entreprises : 86 % y trouvent des débouchés, 72 % trouvent que l’Union européenne est plus facile d’accès que d’autres marchés.
Pour exporter, la connaissance du marché semble importante, voire essentielle, à 89 % des interviewés. Les TPE en particulier se reposent sur leur prestataire export, que 83 % d’entre elles considèrent comme leur interlocuteur privilégié. 58 % des TPE jugent « important », voire « très important » que le prestataire prenne en charge l’intégralité des démarches. Mais des freins subsistent : un tiers des petites entreprises ne s’estiment pas suffisamment formées, contre 16 % des gros exportateurs. Actuellement, les principales préoccupations des entreprises concernent la hausse du coût des matières premières et la volatilité des taux de change. Plusieurs pistes sont envisagées pour encourager l’export, dont la création d’un guichet unique des organismes compétents, approuvé par 74 % des sondés.
Ce baromètre dresse un portrait haut en couleur de l’export chez les petites entreprises. Le chercheur canadien Brahim Allali, de son côté, constate que l’engagement des petites entreprises à l’export reste très limité en raison des risques induits. La petite entreprise ne peut plus cependant se contenter de son marché local : la concurrence internationale l’y rattrape. Exporter devient une question de survie. Mais les incitations à l’export, internes (stock d’invendus, volonté d’une nouvelle croissance, etc.) et externes (réception d’une commande de l’étranger, dispositifs gouvernementaux, etc.) ne sont pas suffisantes pour déclencher une démarche exportatrice. Les barrières et obstacles à l’export, là aussi internes et externes, comme l’accès limité à l’information, des coûts excessifs liés au transport et à l’assurance (etc.) peuvent être des freins conséquents. Néanmoins, la décision finale revient au dirigeant, qui, selon son profil, sa vision, les caractéristiques et ressources de son entreprise, son secteur
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Des exportateurs plutôt réactifs ?
« Dans 50 % des cas, la démarche a plutôt été réactive (« un client étranger nous a contactés... »), voire subie (...). Dans ce contexte, c'est donc l'environnement qui déclenche l'exportation.» ISM : Les entreprises artisanales exportatrices - Synthèse des entretiens qualitatifs, novembre 2010, 32 p. |
Le secteur de l’imprimerie et des industries graphiques en général, compte plus de 5 000 entreprises et 6 600 salariés pour un chiffre d’affaires de près de 9 milliards d’euros. La Lettre Economique de l’Observatoire des Marchés de la Communication graphique propose une analyse détaillée par marché, réalisée par le cabinet d’études I+C.
Selon l’étude, le secteur enregistre une hausse de 1 % de son activité en volume, en janvier-février 2011 (par rapport à la même période en 2010). Cependant ce dynamisme n’est que relatif, si on le compare à celui de l’industrie manufacturière. La production du secteur des industries graphiques augmente de 2 % en janvier, mais stagne en février, alors que l’indice de production de l’industrie manufacturière progresse de 8,5 % en janvier-février 2011 (par rapport à la même période en 2010). Par ailleurs, des chiffres moins optimistes signalent une baisse de la production de papier en France (-1,6 % fin février 2011), ainsi qu’une baisse de la production de livres (-5,5 % en cumul sur les deux premiers mois de l’année). Cependant, d’après M. Chirat, président de l’Union nationale de l’imprimerie et de la communication et présent à la première édition du Colloque Culture Papier en janvier 2011, « parallèlement à l’orientation du marché vers un mix média, un sursaut se produit en faveur du papier. Le papier reste une valeur sûre ». Selon lui, les entreprises doivent « s’adapter au marché », mais ne pas être irresponsables en termes de pratiques commerciales : quand la « logique du moins-disant économique » domine, il existe le risque qu’elle entraîne « le moins-disant social » et puisse « à terme, générer le moins-disant environnemental par des délocalisations ».
Plusieurs études se penchent sur l’état du secteur du textile et de l’habillement en France. Avoisinant chacun les 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires, les branches du textile et de l’habillement sont majoritairement constituées d’entreprises de moins de 20 salariés (respectivement 60 % et 80 % du total des entreprises). Le Forthac, organisme paritaire collecteur agréé des branches Chaussure, Couture, Cuirs et peaux, Entretien textile, Habillement, Maroquinerie, Textile, met en avant la baisse conséquente du nombre d’entreprises dans le secteur : - 3 560 entreprises ente 1998 et 2010, toutes tailles d’entreprises confondues. Cette baisse est particulièrement marquée chez les très petites entreprises. Celles-ci restent cependant largement représentées dans le secteur, à 60 %. Point positif : selon l’enquête qualitative menée, les intentions d’embauche seraient en hausse, notamment dans les branches Chaussure, ainsi que Cuirs et peaux.
Selon l’INSEE, le chiffre d’affaires du textile a progressé de 4 % en 2010, celui de l’habillement de 2 % : le retour des donneurs d’ordre, principalement dans les produits haut de gamme, permet de redynamiser l’activité. Une étude conduite par Oséo s’accorde avec celle de la Direction générale des Entreprises (DGE) pour souligner l’essor du textile technique. Cette activité, à forte valeur ajoutée, qui représente 17 % de l’industrie textile française pour un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros, souffre moins des délocalisations qui touchent par ailleurs le secteur. Le marché des textiles techniques est notamment tiré vers le haut par la demande des entreprises utilisatrices, dans les secteurs de l’industrie, de la médecine et du transport. Les auteurs de l’étude de la DGE recommandent ainsi aux entreprises du textile de se spécialiser sur ce marché tout en développant leur activité de recherche et développement.